Adjani dans Marie Stuart : si peu de cinéma au théâtre...

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Isabelle Adjani. Collection Christophe L.
Isabelle Adjani dans "Adèle H"

En me levant ce matin, la perspective d’aller écouter les deux heures qui ont précédé la mort de Marie Stuart, m’a consternée… Pourquoi avoir acheté cette place de théâtre quand pendant dix jours l’excès de promo m’en a dit et montré plus sur la pièce et son interprète principale que je n’en entendrai ou verrai moi-même en étant assise à quelques brasses de la scène… Va-t-on voir une pièce de théâtre où joue Isabelle Adjani avec la même démarche que pour une autre ? Non, on va observer le phénomène, étant avertie que l’actrice qui prend déjà toute la place sur la couverture des magazines dans la semaine qui précède la première, sans parler des critiques toutes identiques dans les quotidiens, en prendra au moins autant sur scène où les autres comédiens seront invisibles… Ainsi pour « La Dame aux camélias » il y a quelques années, je n’ai pas le moindre souvenir de l’acteur qui jouait Armand Duval, quant aux autres… En revanche, le procès intenté à l’actrice qu’elle aurait fait enlever les quatre premiers rangs d’orchestre à l’époque, fait encore l’actualité, quand je suis persuadée, par dessus le marché, que c’est inexact… Pire, je me souviens de l’entracte de Marguerite Gautier, au bar où les conversations portaient uniquement sur… l’état civil d’Isabelle Adjani comparé à l’âge qu’elle « faisait » et avait-elle eu recours à la chirurgie esthétique ou était-ce une injustice que cette provocation d’éternelle jeunesse pour laquelle d’aucuns se seraient bien approprié la recette miracle tout en la clouant au piloris…

Autant que ces deux heures d’agonie de Marie Stuart, par un samedi après-midi ensoleillé, l’anticipation de cette rituelle mise à mort de la star par un public aussi indulgent que les 800 invités conviés à la décapitation de la reine déchue dans la pièce, me rebutait au point de ne pas y aller… Je réfléchissais au moyen de donner ma place à un tiers quand je me suis demandé pourquoi cette actrice suscitait tant de haine, cristallisant sur son personnage public un degré d’attraction-répulsion, qu’on observe à peu près vis à vis de tous les nouveaux dieux païens dites les stars, mais rarement atteint par une célébrité en France sauf peut-être par Alain Delon. Me viendrait-il à l’idée de me demander si Catherine Frot ou Karin Viard « font » plus jeune que leur âge que par ailleurs j’ignore et dont je me contrefiche? Catherine Frot qui dit très pertinemment dans une interview cette semaine que n’étant pas considérée comme jolie, elle n’a eu aucun mal avec son âge, ayant commencé vraiment à percer à 38 ans. Gainsbourg disait que la vieillesse est la revanche des laids… mais l’explication est incomplète… Ce qui a condamné Isabelle Adjani à ce qu’on ne se préoccupe que du personnage au détriment de l’artiste, ce n’est pas tant sa beauté ou son comportement, c’est ce flux ultra-narcissique qu’elle a toujours dégagé depuis ses débuts, qui a submergé un public pris en otage dans un insupportable système d’images inaccessibles, par ailleurs soumises à un hypercontrôle tout puissant, le renvoyant à sa propre impuissance et sa frustration d’exister sans retouches sur photoshop, sans le moindre espoir d'indentification possible avec la star, un public qui n’a jamais raté une occasion de le lui faire payer ensuite. Quelques phrases de la pièce résonnent en écho "des gens ont fait courir sur moi des rumeurs... tout ce qu'on a colporté sur moi m'a tuée..."...

Isabelle Adjani. Collection Christophe L.
Isabelle Adjani dans "Mortelle randonnée"

Et aujourd’hui ? Les choses ont changé, un peu… Le public de la pièce au théâtre Marigny, par ailleurs pas complet, ce qui m’a étonnée, était une assistance d’inconditionnels quasi fanatisés qui seraient allés écouter Adjani réciter l’annuaire téléphonique comme d’autres attendent les apparitions de Mylène Farmer sortant de chez elle… Une longue ovation à suivi la représentation où votre rédacteur s’est copieusement ennuyé à se demander si je n’était pas atteinte de paralysie de la sensibilité quand on applaudissait à tout rompre autour de moi en criant « bravo » ! De la pièce Marie Stuart, je garde le souvenir d’une sorte de tour de chant parlé avec une seule et interminable chanson : un immense monologue interrompu de temps en temps par la brève intervention d’autres comédiens et quel étonnement quand la troupe vient saluer de compter qu’ils sont en vérité douze pour si peu de texte… Deux heures sans entracte d’une longue plainte de la reine Marie Stuart, la Papiste, condamnée à mort par sa cousine Elisabeth, la batarde, fille d’Henri VIII et Ann Boleyn. Le texte étant d’une grande fadeur, on se reporte sur la musicalité de la voix qui psalmodie essentiellement plaintes et regrets… L’exact contraire d’une douleur muette… avec quelques accès de colère bienvenus qui réveillent et le spectateur et le tempérament de feu d’Isabelle Adjani qui a toujours excellé dans l’excès et aussi quelques moment de panache bien sentis mais bien rares... Pour les trois quarts de la pièce, l’actrice est posée au bord de la scène, les yeux levés vers le ciel… Le décor est minimal avec des panneaux de bois rouge sang tâchés de noir et la charrette du bourreau, sa grande hache dont on parlera encore et encore… La bonne idée de mise en scène racontée par le menu par la presse (ce qui ôte l’effet de surprise) c’est que Marie Stuart commence la pièce dans une pauvre chemise tâchée, cheveux gras et gris et la termine, pour poser sa tête sur le billot, parée comme une reine, en longue robe de soie blanche piquée de brillants, bijoux, diadème, perruque, maquillage et rouge à lèvres argenté.

On sort du théâtre en se disant que c’est sûrement une bonne thérapie pour la comédienne que ce come-back à entendre tous ces applaudissements sincères mais 70 Euros pour cette chaise dure, les genoux serrés pire que sur Air France, un silence de cathédrale privant de tourner une page sans faire de bruit, c’est ingrat… Et dire qu’il y a une seconde représentation le samedi, qu’à peine rentrée dans sa loge, Isabelle Adjani va devoir retourner sur scène dans les deux heures pour réciter la même chose… et qu’en s’endormant le soir, elle sait qu’elle doit y retourner le lendemain… et dire qu'il y a des pièces qu’on joue pendant des années… Je ne m’étais jamais rendu compte de la dureté de ce métier de comédien… Mystère du théâtre…

Isabelle Adjani. Collection Christophe L.
Isabelle Adjani dans "Possession"



Publié dans AuTOUR DU Cinéma

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