"Anna M" : Adèle H version thèse universitaire

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Isabelle Carré. Diaphana Films

Anna M, c'est «Adèle H»* de nos jours avec des rapports mère-fille qui rappellent ceux de «La Pianiste»* en vaguement plus cool et une héroïne entre Deneuve de «Répulsion»* et Marilyn dans «Troublez-moi ce soir»*. En deux mots, si ça n’a pas, loin s'en faut, le génie des films précités, c’est lourd, triste et plombé depuis la première scène où, le chien attaché à un réverbère, Anna se jette sous une voiture, et le chien aboie en vain...

Plus tard, Anna, après avoir été opérée par le Docteur Z, prend ce qu’il lui dit pendant la consultation au pied de la lettre, va-t-on se revoir, il répond oui, bien sûr, elle comprend qu'il a envie de la voir, persuadée d’être aimée du chirurgien. Le basculement dans l’obsession pour le Docteur Z est immédiat, beaucoup trop rapide, et on n’a pas le temps de voir l’évolution. Très vite, Anna le harcèle, le suit, lui fait des cadeaux, lui téléphone sans cesse, l’appelle par son prénom et parle son épouse en disant "cette femme". Quand Z accepte un rendez-vous avec Anna pour essayer de la calmer, elle en déduit qu’il est venu parce qu’il avait envie de la voir, qu’il aurait pu la virer par téléphone, or, il ne l’a pas fait, il s’est déplacé pour elle et, par dessus le marché, il paye les consommations, Anna n'y voit que des signes d’amour partagé.

Gilbert Melki et Isabelle Carré. Diaphana Films

Le film est découpé en séquences correspondant aux trois phases de la pathologie qu’est l’érotomanie où le malade s’imagine être aimé jusqu’au délire : l’espoir, le dépit, la haine, auxquelles le réalisateur rajoute encore d’autres divisions pour scinder son films en parties, ce qui donne un côté démonstratif universitaire, primo, deuxio, tertio, plus tard, à la ligne, etc…

Sur le fond de l’histoire, bien que les rapports d'Anna avec sa mère, visiblement au moins aussi névropathe qu’elle, soient montrés, on n’insiste pas assez sur ces relations mortifères et leurs conséquences en termes de dégâts : les robes de petite fille d’Anna quand elle est chez elle, sa crainte que sa mère rechute ou aille mal, cet appartement sinistre, la vie de famille d’Anna consiste en ce tête à tête avec une mère dépressive qui ne sort jamais.

Isabelle Carré. Diaphana Films

Le film est sauvé par son actrice dont le visage et les expressions, les regards, disent l’essentiel : à regarder Anna M, à la filmer pour le réalisateur, le spectateur comprend ses tourments intérieurs, ses angoisses, sa révolte, sa violence, ce qui implique une empathie avec le personnage qu’on ne condamne pas. Au fond, on a tous quelque chose d’Anna M en petit modèle, comme Flaubert disait « Madame Bovary, c’est moi », à la différence que le processus d’obnubilation est arrivé chez Anna à un stade pathologique avec une perte permanente de la notion de réalité. Le réalisateur dit dans une interview qu’Anna se comporte comme une enfant, ce qu’on voit bien dans la séquence où Anna se fait engager comme baby-sitter chez le voisin du dessus du Docteur Z pour l’espionner, gardant ses deux petite filles, Anna se comporte comme si elle avait leur âge.

Le réalisateur essaye de créer à mi-film une ambiance fantastique mais le parti pris de scruter son personnage comme un sujet d’analyse, l’empêche d’être crédible dans ce registre, trop fasciné qu’il est par l’aspect médical et psychiatrique des choses. Ce «Anna M» nous apporte une belle performance d’actrice au top pouvant décliner tous les sentiments sur son visage d’ange, on est pas étonné de la prestation venant d’Isabelle Carré, la meilleure comédienne française et de loin. Là où le film réussit, c’est qu’on est mal à l’aise, peiné, compatissant, pour ce personnage de malade, de victime, observé impudiquement à la loupe par un réalisateur qui confond pas mal cinéma et thèse sur l’érotomanie, c'est un film triste.

Isabelle Carré. Diaphana Films

*"Adèle H" de François Truffaut avec Isabelle Adjani

*"La Pianiste" de Michael Haneke avec Isabelle Huppert

*"Répulsion" de Roman Polanski avec Catherine Deneuve

*"Troublez-moi"ce soir de Roy Baker (1952) avec Marilyn Monroe








Publié dans Films 2007

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R
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R
Interesting Blog, I like it.
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M
('eè-ghfuçi
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