DEJA MORT/DVD

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Jamais Benoit Magimel n’a été aussi charismatique que dans ce rôle de blouson doré défoncé et amoral en tandem avec le non moins performant Romain Duris jouant un personnage à la dérive, compagnon de beuveries, hystérique et autodestructeur, alter ego incontrôlable.

Une jeune femme brune au regard mat se démaquille devant un miroir en distillant son mal de vivre face caméra, c’est le fil narrateur du récit en flash-back, d’emblée, le texte de Laure annonce la couleur : elle veut être célèbre, elle ne veut aucune attache pour ne pas entraver ses ambitions, en toute situations, elle portera un masque…

Andrea, jeune homme naïf, tombe par hasard sur une séance de photos de nus prises par deux blouson dorés oisifs et morts d’ennui qui se la jouent businessmen arrogants : se vantant de monter une agence de mannequins de charme, David et Romain provoquent une drôle d'impulsion chez Andrea : il leur propose de leur présenter une fille pour leur agence. Blasés, les deux compères lui donnent une carte de visite. Dans un village du sud près de La Ciotat, Andrea rode sous les fenêtres de Laure qu’il n’a jamais osé aborder : le model, c’est elle, depuis des mois, il mate sur les murs de la ville ses photos pour un site de rencontres. Non seulement Laure accepte d’aller à Nice faire des photos mais c’est son projet : se tirer de chez elle et réussir par tous les moyens… Quand le projet de photos évoluera vers le cinéma porno, elle n’hésitera pas. Présentée à un producteur glauque de films X par David qui touche une belle enveloppe pour rabattre des filles, Laure va entamer une carrière de future star du porno.

La psychologie des personnages est complexe : sous leurs comportements amoraux, sauf Andrea, tous conservent une sorte d’îlot de sentiments restés purs : David respecte Laure dont il a fait sa petite amie, possible qu’il l’aime, mais il a besoin d’argent pour acheter de la coke bien que sa famille possède une villa de la taille d’un palais sur les hauteurs de Nice. Romain a perdu ses parents, incapable d’habiter la maison familiale, il vit dans un appartement à Cagnes, perpétuellement chargé, il ne veut pas penser et «redescendre», protégé mine de rien par David. Bien qu’elle vende son corps et passe ses nuits avec David, Laure aime platoniquement Andrea.

Benoît Magimel, Clément Sibony et Zoé Félix.

L’univers crade et mercantile du porno est sobrement et efficacement décrit (souvent plus par quelques phrases vérité dans le discours que par les images) opposant l’amateurisme de la bande de copains toujours défoncés avec quelques idées paresseuses sur ce qu’il faudrait filmer du sexe pour faire des affaires au sinistre et cynique professionnalisme du producteur Malo qui fait froid dans le dos. Les parties dans la villa de Malo sont filmées comme s’il s’agissait d’automates buvant un verre au bord de la piscine en faisant semblant de s’amuser avec une musique tragique dans le fond correspondant à ce qui se passe à l’intérieur de la villa. Le choix de la musique est éclectique : dramatique chez le producteur X, doublée dans les scènes de boites de nuit où petit à petit une musique de fond recouvre les décibels de la sono, soit deux musiques en même temps, pendant que les personnages dansent comme en apesanteur, quelquefois musique latine ou autre dans des scènes sur la route.

C’est un film qui joue beaucoup sur les oppositions extérieur/intérieur : la lumière blanche des étés dans le sud et la pénombre des nuits de défonce, les images lisses de la ville de Nice et l’écran télé fédérateur dans le salon sombre de la villa de David avec des films d’horreur ou des dessins animés passant en boucle ; le contraste entre ce qui se passe à l’extérieur et à l’intérieur de la maison du producteur Malo, les sentiments affichés des protagonistes suicidaires et les sentiments réels, seule pudeur ; Andrea, pur et pauvre, parachuté de sa Provence dans un milieu social où le luxe le dispute à l’ennui mortifère, catalyseur d’une réaction en chaîne qu’il ne contrôlera plus.

L’interprétation est assez éblouissante, Benoit Magimel, le cheveux décoiffé décoloré platiné dans les yeux, le regard hagard, l’expression dévitalisée, sans désir, Romain Duris, borderline, surexcité, odieux, pathétique, forment un duo de choc injectant chacun une dose d’humain à leurs personnages antipathiques et amoraux : un de leurs meilleurs rôles. Zoé Félix fait penser à Valérie Kaprisky dans «L’Année des méduses», elle a ce physique sombre et sans douceur, dame de pique qui séduit aussitôt la caméra. Clément Sibony complète le groupe, un rôle de gentil dans un univers de méchants, délicat de composer un romantique dans cet univers... Un film sans espoir dessinant violemment le portrait d’une génération moralement sans avenir, les années 90, un film très riche en images, en musiques, en contrastes, un film en rouge et noir assez pictural avec de grands moments de cinéma. Un film culte dès sa sortie qui mérite sa réputation.



Publié dans ANNEES 1990

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