"Echo Park, LA" : Paris-Cinéma : film en compétition

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La Quinceanera, c'est la célébration du passage de la jeune fille à la femme, la possibilité d'une femme, une cérémonie initiatique célébrant la reconnaissance de la sexualité de la jeune fille, une sorte de mariage rose pour tous les maris possibles... On ne peut s'empêcher de penser aux deux versions de "La Rosière de Pessac" d'Eustache, ce tropisme pour les rituels et les répétitions, les roses rose et la robe rose dragée de l'élue...

Les robes aubergine et les chignons des jeunes filles d'honneur endimanchées, les smokings amidonnés des garçons, les danses de salon au sein de la communauté qui en redemande, une ambiance kitsch, colorée, bruyante, où la génération américanisée joue le jeu culturel hispanique en surveillant les sms des petis copains sur leur tél mobile et en se déhanchant lascivement entre eux après les valses de la fête...

Si la reine de la Quinceanera est Eileen, le personnage principal est celle qui doit lui succéder à la prochaine fête : Magdalena, pas encore quinze ans, moins jolie, moins riche, elle n'aura pas de robe neuve mais celle d'Eileen retouchée à sa taille, pas de limousine de location, son père prédicateur austère préfèrant prendre soin de son âme. Bien qu'elle porte le prénom de la pécheresse Marie-Madeleine (sauf dans "The Da Vinci code"!!!), Magdalena fantasmera un destin maternel à la vierge Marie... les essayages de la robe révélant qu'elle est enceinte...


Film initiatique à de multiples niveaux : le passage à l'état de femme de quinze ans, l'intégration de la communauté latino aux USA, les parents parlent espagnol, les enfants répondent en anglais, le passage de la tradition à la modernité, la découverte de l'homosexualité pour le macho de la bande, la métamorphose du quartier qui se boboise, devient chic, cher et branché, avec son lot de spéculation immoblière et d'expulsions des immigrés hispaniques qui y avaient posé leurs valises. Un couple gay s'est infiltré dans "Echo park", propriétaire tout neuf de deux maisons, la leur relookée, embourgeoisée, et celle qu'ils louent à un vieux monsieur de 90 ans qu'ils vont expulser sans ménagements parce qu'il a le tort de loger un neveu qui plait trop à l'un des deux hommes. Bien que les réalisateurs déplorent la reconversion bobo du quartier, ils y ont vécu pendant cinq ans, se comportant en pionniers de sa transformation. Ainsi, le film débute par une image de type mexicain et se termine sur une image typiquement américaine.

Un des deux réalisateurs, Richard Glatzer, qui présentait hier son film en compétition internationale à Paris-Cinéma, a expliqué la genèse du film après la projection. Vivant et travaillant en couple comme dans leur film, les deux réal ont écrit le scénario en trois semaines tout en cherchant les acteurs (même leurs chiens ont joué dans le film) le casting ayant consisté essentiellement à recruter des voisins, des amis, des gens du quartier, leurs photos, leurs films amateurs, leurs maisons. L'actrice principale n'avait comme bagage professionnel que le rôle de Cléopâtre dans son collège...



C'est frais, c'est sympa, c'est drôle aussi quelquefois, léger et sérieux, mais c'est un peu brouillon, un peu bricolé "exprès" avec les moyens du bord, il n'y a pas un style mais plusieurs styles qui s'enchevêtrent, cependant, il y a un ton général, une indéniable touche ciné indépendant avec son lot d'imperfections et cette impression d'un film tourné caméra à l'épaule pour immerger le spectateur au plus près de la réalité du quartier, presque à l'intérieur de la fête de la Quinceanera : cinéma soucieux de mouvement, de sons, d'images comme des photos de mariages prises par la famille, cinéma des sensations, de couleurs, de sensualité brute, de recherche de la sincérité . Produit par Todd Haynes* ("Loin du paradis"), pape du Sundance cinéma, il y a ici un peu de Larry Clark ("Wassup rockers") bon enfant avec de meilleurs sentiments... Une bonne antidote aux blockbusters de toute façon...

*Todd Haynes est également producteur d'un autre film en compétition à Paris-Cinéma "Old Joy".



Mini-Pitch : La communauté latino de LA, prise entre modernité et tradition, fête la Quincaneara, rite de passage de la jeune fille de 15 ans à la femme, se préparant à cette occasion, Magdalena se rend compte qu'elle est enceinte. Du ciné américain indépendant léger et digeste.

"Echo Park, LA", présenté une seule fois le 29 juin à Paris en compétition pour le festival de Paris-Cinéma, sera le lendemain présenté à Los Angeles et sortira dans les salles françaises le mercredi 5 juillet.


Publié dans Paris-Cinéma 2006

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C
You share very helpful info, obviously you are pretty good on this issue. Looking at all this trash floating around on the web, it makes me glad to read your articles. I confess that before reading your article I had a different opinion.
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D
Voilà exactement ce dont je parle! Votre critique ici fait en fait 5 lignes dans le dernier paragraphe, le reste c'est le dossier de presse!
A quoi bon recopier, on aimerait tellement avoir votre avis!

ha oui j'oubliais! je travaille dans une revue de cinéma diffusé sur toute la france et tiré à 25,000 exemplaires...

Comme quoi elle marche ma charte!

bisous
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B
Du ciné américain indépendant léger et digeste ==> Je commençais à croire que cette phrase était une contradiction. Enfin un film pour me sortir de mes a priori.
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