"Ete violent" : Passion et génération Dolce vita

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Film de Valerio Zurlini (1959)

Un an avant "La fille à la valise", Zurlini signait son premier film avec un JL Trintignant jeune homme ardent dans le style du futur Jacques Perrin des films suivants. Bien que l’auteur n'ait pas encore affiché complètement la désespérance des films ultérieurs, tous les éléments de son oeuvre sont présents dans ce mélodrame.

Le scénario du drame :

Carlo Caremoli, fils d'un dignitaire fasciste, mène la dolce vita avec sa bande de copains dans une ville de bord de mer où seuls les réalisateurs italiens ont su rendre cette atmosphère oisive et blasée de plaisirs désabusés. Accueilli en conquérant dans une soirée, Carlo flirte mollement avec la jeune maîtresse de maison, une somptueuse jeune fille brune, Rosanna, qui lui voue une adoration possessive.

En 1943, l'Histoire et l'histoire se mêlent intimement : pendant la party, la radio rappelle aux fêtards que c’est la guerre. Plus tard, une partie de plage est interrompue par le survol d'avions allemands. Une petite fille terrorisée se jette alors dans les bras de Carlo qui lève les yeux vers la mère de l’enfant et en tombe aussitôt amoureux. Une jeune veuve de guerre, femme de 30 ans et un jeune homme de 20 ans condamnés dès leur rencontre par la différence d'âge (un argument qui date le film).

Pendant les premières entrevues, les deux futurs amants osent à peine se regarder, embarrassés, troublés, honteux. Très belle scène non dialoguée où Carlo et Roberta dansent chacun avec une cavalière, un cavalier, en s'observant par en dessous, jusqu'à ce que les ailes du désir les poussent dans les bras l'un de l'autre, c'est alors que Rosanna, jalouse, s'approche du couple enlacé dans la nuit du jardin et s'effondre physiquement de désespoir en les regardant, sans dire un seul mot.

La mère de Roberta, dame distinguée et austère à petit chignon strict étrangement teint en blond platine, est bouleversée et choquée par cette liaison "comportes-toi comme une femme de trente ans avec un enfant", assène-t-elle à Roberta. L'arrivée d'un ange blond sous les traits de Maddalena, la jeune belle-soeur de Roberta, prude et sage, que la mère aurait sans doute préféré pour fille, isole davantage Roberta sous la réprobation des deux femmes. Cela ne colle pas mieux du côté des copains qui considèrent Roberta comme une vieille branche et se lèvent tous sur la plage pour lui dire bonjour avec des Madame long comme le bras.


Les sentiments :

A tous ces éléments intérieurs hostiles, vient s’adjoindre le poids des évènements extérieurs, la chute du régime de Mussolini et la guerre éloignent encore les amants : l'ignoble père de Carlo est mis sur la touche et leur maison réquisitionnée. Dans la foulée, on arrête aussi le fils dont le certificat de réforme, obtenu par les relations paternelles, est périmé, on le somme de rejoindre l’armée.

Ce qui est brillamment démontré par Zurlini, ce sont les affres de la passion avec trois périodes : l’attraction, l’accomplissement et la peur. Après la crainte de l'attirance mutuelle, le bref moment de répit de l’acceptation de la passion est supplanté par l’installation pernicieuse de la peur de perdre l'autre, plongeant Roberta dans l'angoisse. Les (anti)couleurs des robes de Roberta suivent ce cycle : des robes noir au début, une seule robe blanche pour le rendez-vous principal, et le retour aux robes noir...


Les personnages :

Roberta, qu'on avait connue raisonnable, a perdu toute pudeur au point de faire venir Carlo la nuit dans la maison avec toute la famille endormie, ce qui provoquera un scandale. Au point de suivre son amant dans le train quand il part s'enrôler pour la guerre. Au point de tenir tête à sa mère qui l’asservissait jusqu'alors autant que son défunt mari, choisi pour elle par ses parents.

Jeune homme sans volonté, rôdé aux privilèges, aussi peu belliqueux à la ville qu’à l’armée, Carlo subit, ébloui par la passion, et brisera le cœur de Roberta par impuissance après celui de Rosanna par inconséquence.

Encadrant un JL Trintignant encore gauche, mèche décolorée sur le front, lèvres boudeuses d'ado, regard un peu niais, une flopée de créatures de rêve tient l’affiche : la brune Rosanna (Jacqueline Sassard), la très blonde Maddalena, la belle-soeur, la délicate Roberta (Eleonora Rossi Drago)... La blondeur et la minceur des protagonistes s'étant emparée du casting (claque aux clichés des Italiennes brunes et pulpeuses) ça apporte un ton vaporeux au film avec des silhouettes qui se croisent, s'étreignent, se rejoignent ou se quittent comme dans une ballet d'ombres graciles.

Le film :

Mélodrame sur fond d'une musique languissante, c'est le cinéma des années 60 tel qu'on l'aime avec son mélange de réalisme et de romantisme désabusé, entre Rossellini et Fellini, (voire une référence à Visconti sur le fond pour la juxtaposition de l'histoire et l’Histoire avec un H). Chronique de personnages à la dérive greffant leur drame personnel sur le chaos social en arrière-plan. Par ailleurs, Chez Zurlini, la femme a spécifiquement vocation à être abandonnée, Roberta pour son âge et son statut, la « fille à la valise » pour son appartenance sociale, l’épouse du "Professeur " pour des raisons plus complexes (relevant du désamour, de la trahison et de l’autodestruction, ...).

En voyant ce film dans la très confortable et délicieusement rafraîchie salle G. Beauregard du cinéma St Germain des prés, je serais bien restée, pour toutes ces raisons, regarder la suite, "La Fille à la valise", par exemple... "Le Journal intime", "Le Désert des Tartares", "Le Professeur",l'intégrale Zurlini …


Mini-Pitch : le fils d'un dignitaire fasciste s'éprend d'une jeune veuve de dix ans son aînée dans l'Italie Musolinienne de 1943, la collusion de l'histoire et l'Histoire selon le second film de Zurlini

Sortie du film en salles en copie neuve (présenté au préalable au festival Paris-Cinéma).

MMADor+ : il serait resté avec la jolie brune, ça aurait arrangé les choses...







Publié dans CINECULTE 1960

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Boss 09/07/2011 03:51

prswjLMjIFHBCusuEHeck of a job there, it abosultley helps me out.

Mahieu 17/08/2006 19:25

Valerio ZurliniUn grand merci pour votre article sur le film "eté violent" de Valerio Zurlini! Rares sont les personnes qui évoquent le cinéma italien. Bravo!
Panchane