Festival du cinéma Brésilien de Paris/"Le Ciel de Suely"/Avant-Première

Publié le

coup de coeur! SORTIE MERCREDI 11 JUILLET 2007



Diaphana Films
"Le Ciel de Suely" ( "O Céu de Suely") de Karim Aïnouz

Hermila a quitté Sao Paolo par manque d’argent, regagnant avec son bébé son village natal du Nordeste, une des régions les plus pauvres du Brésil, où elle est hébergée par sa grand-mère et sa tante, Maria, femme libérée et moderne, qui exerce la profession de Moto-taxi. Le film débute par un générique à la Lellouch avec un homme et une femme filmés dans un flou coloré, une histoire d’amour toujours.

Hermila, 21 ans, attend en vain l’arrivée de Mateus, son mari de 20 ans, à Iguatu mais il ne répond plus au téléphone, il faut se rendre à l’évidence, il l’a abandonnée. Dans un univers où on met quelquefois des années à payer les traites d’un frigo, comme la mère de Mateus à qui Hermila va rendre visite, les tombolas pour gagner une bouteille de whisky ou une caisse de bières remportent un grand succès. Une idée va alors germer dans la tête d’Hermila pour s’en sortir : titillée par l’exemple de Georgina qui se prostitue pour vivre, hésitant se prostituer elle-même, elle va changer de prenom pour Suely et mixer les deux systèmes : vendre des billets d’une tombola un peu spéciale avec comme lot une nuit au septième ciel avec elle.

De notre petit confort français, on est frappé par l’énergie et la bonne humeur de ces femmes vivant dans des logements très modestes où il manque quelquefois de l’argent pour acheter des tomates comme chez la grand-mère de Hermila. Des petites maisons multicolores en contigu posées dans un désert terreux à perte de vue où un arbre tout seul est filmé planté au milieu de rien. La chaleur accablante, Hermila et Georgina se rafraîchissent devant la porte ouverte du frigo, sans ventilateur et encore moins de climatisation dont sont, par ailleurs, pourvus tous les appartements bourgeois au Brésil, la classe dominante vivant dans des condominiums fermés par des grilles et surveillées par des gardiens jour et nuit.

Les tenues des jeunes femmes très coquettes sont typiquement brésiliennes avec des shorts oranges et des minijupes en jean sur longues jambes musclées, des t.shirts archi-moulants sur peau satinée, des tongs turquoise à plateforme, les ongles vernis avec des petits dessins pailletés, les boucles d’oreille, les foulards dans les cheveux. L’omniprésence de la musique comme dans tout le Brésil, Hermila plaquée, désespérée, on chante en cœur un air à la mode entre copines, on danse. La solidarité naturelle des femmes, mères naturellement, qui veulent toutes prendre le bébé d’Hermila dans leur bras et le cajoler, en interrompant volontiers leurs activités pour les accueillir. Une ambiance chaleureuse, généreuse, joyeuse, l’absence de tabou sur le corps qu’on est obligé parfois de vendre par nécessité, sans en faire un drame, mais qu’on bichonne pour son amoureux. Une fois encore, je suis bluffée par la pulsion de vie qui balaye tout au Brésil, cette quête du sensuel, du bonheur, ces sourires, cet amour du pays malgré les conditions de dénuement matériel.


Le film nous immerge dans ces paysages désertiques chauffés à blanc, dans cette communauté, sa vitalité, sa débrouillardise, sa volonté de s’en sortir à tout prix comme Hermila qui économise pour s’offrir un billet d’autocar pour une destination la plus lointaine possible. Superbe fin du film avec un long plan fixe sur la pancarte à la sortie du village « Igatu vous manque déjà » (« Aqui começa a saudade de Igatu ») avec l’autocar qui s’éloigne et la moto de l’ancien amoureux d’Hermila qui tente de la retenir.

Décidément, le nouveau cinéma brésilien excelle dans le mouvement, je l’avais déjà noté pour le film d’ouverture, ici, c’est encore davantage, couleur, sensualité, gestes quotidiens dilatés, on est entraînés au cœur du mouvement, on ne peut pas résister longtemps à cette énergie, on est rapidement séduit par ce film, produit par Walter Salles, et on comprend qu’il ait obtenu trois prix au festival de Rio : meilleur film, meilleur réalisateur et meilleure actrice.

Site officiel du film et Trailer...

Diaphana Films
 



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S
Thanks for your patience and sorry for the inconvenience
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E
J'adore ces acteurs!
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G
J'aime vraiment ce blog, je pense que c'est le plus instructif que j'ai trouvé
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O
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