"GOOD NIGHT GOOD LUCK" : Mon père, ce héros...

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George Clooney, Robert Downey Jr., David Strathairn. Metropolitan FilmExport

C'en est ainsi de la plupart des films au contenu (trop?) fort… Le traitement du sujet n'est pas à la hauteur.... S'agissant du film réalisé par Georges Clooney, "Good night, good luck", il ne vient pas à l'esprit de dire « aurait pu mieux faire », ça serait plutôt le contraire, à chaque plan, on sent que l'acteur s'est exagérément appliqué à rendre une copie parfaite de premier de la classe, du fils accompli apportant un bon carnet de notes à son père. On a lu un peu partout que le père de Georges Clooney fut toute sa vie journaliste dans une télévision de province et le film lui rend hommage par le truchement du portrait d'Edward R. Murrow, célèbre chroniqueur sur CBS Television dans les années 50.

Le nom d'Ed Murrow passa à la postérité pour avoir combattu ouvertement et isolément le délire obsessionnel du Sénateur du Winsconsin, Mac Carthy, au temps de la guerre froide ente les USA et l'ex-URSS, qui voyait des communistes et des sympathies rouges un peu partout. A cette époque, d'une façon générale, les médias américains n'eurent étrangement quasiment aucune réaction à l'encontre de l'inquisition Mac Carthyste, s'autocensurant, car, comme le dit le personnage de Fred Friendly (Georges Clooney) «nous sommes allergiques aux nouvelles affligeantes». On voit dans le film, que s'agissant des télévisions, le budget des sponsors pèsera lourd dans la balance pour se taire afin de ne pas les perdre. Lors de sa première intervention télévisée contre Mac Carthy, Ed Murrow (David Strathairn) négociera avec le patron de CBS de payer de sa poche et de celle de Fred Friendly le budget des annonceurs pour obtenir l'autorisation de faire son émission. Le patron de CBS, Pailey, nullement diabolisé dans le film mais présenté sous une forme paternelle, laissera faire Ed Murrow en protestant pour se couvrir qu'il n'est pas d'accord « we don't make news, we report the news !».

Les plus belles images sont certainement les premières du film, dans une salle de réception très huppée avec les invités VIP groupés par petites tables, on rend hommage à Ed Murrow, le 25 octobre 1958. Photo en noir et blanc des visages sans concessions, des femmes so chic entre deux âges avec les rivières de diamant sur des cous ridés, les cheveux relevés en chignon, les décolletés raisonnables des robes longues en soie pastel, les boucles d'oreille à gros carats, les lunettes en écaille et les nœuds papillon noirs des hommes en smoking. La reconstitution des années 50 est minutieuse, les appareils photo Rolleiflex, les cigarettes, le jazz, les coiffures mises en pli, le noir et blanc, les grands noms de la presse écrite de l'époque, du «Times», du «Post» : Gould, O'Brian. Un seul flash-back sur les évènements qui ont précédé cette soirée et on y reviendra à la fin du film.

Robert Downey Jr. et Patricia Clarkson. Metropolitan FilmExport

Après avoir créé «ici Londres» pendant la guerre, Ed Murrow animait chez CBS Television dans les années 50 deux émissions «CBS news», une sorte de billet d'humeur sur un sujet d'info, et «See it now» avec des interviews comme celle de Mickey Rooney, de ce qu'on appellerait aujourd'hui des people. En ce sens, Ed Murrow était précurseur non seulement des talk-shows politiques mais aussi du culte des célébrités érigé aujourd'hui en quasi-religion. Le titre «Good bye, good luck» fait référence à la formule employée par Ed Murrow à la fin de son émission, le «Ciao Bonsoir» de PPDA…

Georges Clooney réalisateur a reconstitué une sorte de salle de rédaction idéale avec des journalistes qui se serrent les coudes dans une ambiance enfumée de polar noir. Un staff presque entièrement masculin avec une seule femme journaliste et des secrétaires «d'époque», sortes de mamas boulottes à indéfrisables et binocles, pas sexy pour un sou, comme on n'en voit plus guère aujourd'hui dans les films… A la conférence de rédaction, l'ambiance est bon enfant, on plaisante, on bosse, on envoie Shirley, la journaliste femme, acheter les journaux du soir… Il y a là Ed Murrow, sorte de prédicateur en civil taciturne, Fred Friendly, son producteur protecteur débonnaire, Don Hollenbeck, le présentateur du JT, plaqué par son épouse et soupçonné de sympathies communistes, et sa femme Shirley, couple légitime le dissimulant car en infraction avec le règlement de CBS de ne pas se marier entre collègues. Disons-le clairement, tous ces rôles, excepté le personnage de Ed Murrow et un peu celui de Fred Friendly, font essentiellement de la figuration de luxe.

Ayant pris le parti de représenter le sénateur Mac Carthy par… Mac Carthy lui-même en extraits des actualités en noir et blanc de l'époque, le film fait un grand écart entre le vrai documentaire et ce qu'on appellerait aujourd'hui de ce nom primesautier : le docu-fiction. Il en résulte un grand problème : comment incorporer ces documents d'archive dans le film ? La solution retenue par Clooney est le principe des journalistes de la conférence de rédaction regardant des extraits de documents pour préparer l'émission de la semaine, et nous aussi par la même occasion, ce qui avalise le procédé de passer de la fiction au document. On dira : pourquoi faire compliqué… mais très vite, ce va et vient, entre le staff de CBS reconstitué en studio et les archives des déclarations télévisées de Mac Carthy, est fastidieux. Pourquoi ne pas avoir fait carrément un documentaire ?

George Clooney et David Strathairn. Metropolitan FilmExport

L'action du film est mince, c'est le moins qu'on puisse dire, reprenant le texte des émissions d'Ed Murrow des années 50 avec quelques conversations en appoint, les acteurs parlent beaucoup et on n'en retient pas grand-chose. On ne retient vraiment qu'une chose : l'omniprésence de la cigarette, Ed Murrow parlait à l'antenne avec une cigarette !!! C'est peut-être en ça que le film est subversif, tout le monde fume, dans les bureaux, sur les plateaux télé, dans les pubs, à l'écran, et notons au passage une réclame pour les cigarettes Kent dont Ed Murrow fait l'éloge dans son émission «il est raisonnable de fumer une Kent» (sic)… De nos jours où dans le même pays on irait en prison pour avoir fumé une cigarette à l'aéroport en attendant ses bagages sur le tapis roulant après quinze heures de vol non fumeur… Où dans les films américains depuis dix ans, les seuls personnages qui fument sont des prostituées junkies des bas fonds de LA et encore… (sûrement pas Julia Roberts dans «Pretty woman»)… je dois dire que… ça fait du bien…

On démarre avec la première affaire Mac Carthy médiatisée par Ed Murrow : le renvoi par l'US Air Force, sans autre forme de procès, du Lieutenant Milo Radulovitch pour le motif que son grand-père aurait lu un journal en serbe avec injonction de dénoncer son père et sa sœur pour être réintégré. Le film traite également du cas d'Annie Lee Moss, employée à la cafeteria du Pentagone à Washington et suspectée de cryptage de données. Pour le reste de l'hallucinante curée Mac Carthyste, on ne voit malheureusement pas grand-chose, on fait allusion aux questionnaires obligatoires pour tous les journalistes sur leurs sympathies communistes avec un d'entre eux qui démissionne pour avoir fréquenté quelques réunions gauchisantes. Quant au suicide du présentateur du JT, il est visiblement imputable à une dépression nerveuse après son divorce bien qu'il ait lieu après une volée de bois vert de la presse de Randolph Hearst sur son passé communiste. De la chasse aux sorcières qui sévit à Hollywood où bon nombre de réalisateurs furent obligés de s'exiler comme Charlie Chaplin, on regrette qu'on n'en dise absolument rien, bien que ça ne soit pas le sujet du film. Les acteurs :

David Strathairn / Edward R. Murrow : le seul dont on se souvient en sortant du cinéma : avec la physionomie d'un pasteur austère et compassé, une sorte de Saint Just US aussi intégriste dans la défense des liberté de la presse que Mac Carthy, son adversaire, dans l'oppression. Portrait d'un homme vertueux et opiniâtre que seul un sourire esquissé vient dérider de temps en temps quand son prêche passe avec succès à l'antenne ou que son ami Friendly le soutient. David Straithairn a joué plutôt des seconds rôles dans de nombreux films dont dans «La Firme» (1993) de Sydney Pollack et dans "LA Confidential" (1997) de Curtis Hanson.

Georges Clooney / Fred Friendly : pour les amateurs du beau Docteur Ross, ce n'est pas la peine de se déplacer, Clooney la joue profil bas avec un rôle engoncé et peu bavard, de grosses lunettes sur le nez, le sourire bienveillant. Rappelons que Georges Clooney, outre la série TV «Urgences», a débuté au cinéma avec «Le Retour des tomates tueuses» (1988) et a galéré dix ans dans des séries Z avant que Soderbergh ne lui fasse changer de registre avec «Hors d'atteinte» (1998), avec qui il tournera aussi «Ocean eleven» (2001), «Ocean twelve» (2004) et «Solaris» (2003).

Robert Downey Jr / Joe Wershba : hormis le plaisir de le voir à l'écran, son rôle est quasiment figuratif, présenté sous forme de l'entité «couple» du film avec Patricia Clarkson qui joue Shirley Wershba. On l'a vu également cette année dans «Kiss kiss bang bang» (2005).

Frank Lagella / Don Hollenbeck : intéressant pour les gros plans de son physique années 50 et son rendu en noir et blanc dont le réalisateur se sert pour l'ambiance du film. Je ne le connaissais pas mais j'ai vu qu'il avait débuté dans «Dracula» de John Badham (1979)

Peu de films ont parlé du Mac Carthysme, on se souvient d'un film assez terne "La Liste noire" (1991) avec Robert de Niro ou du film tiré de la pièce d'Arthur Miller «les Sorcières de Salem» (1957 pour la pièce montée en France), voire d'«Un Roi à new York» (1957 aussi) de Chaplin en exil.

En conclusion : C'est mou, c'est sage, c'est figé, ça manque de tripes et de vie, c'est court et ça paraît long, et pour tout dire, c'est assez soporifique… On peut regarder ce film si il passe ensuite sur une chaîne télé pour la réalisation soignée et la reconstitution fidèle des décors des années 50 mais pour le phénomène Mac Carthy, n'importe quel documentaire en dirait davantage. Il est assez transparent qu'en parlant de Mac Carthy, Georges Clooney, ancien élève journaliste, fils d'un présentateur télé, lui-même fortement politisé, pense Bush mais ça ne va pas plus loin.
George Clooney. Metropolitan FilmExport

MiniPitch : Sous le prétexte de raconter le combat d'Ed Murrow, seul mercenaire des médias américains à s'opposer au Macarthysme dans les années 50, Georges Clooney rend hommage en noir et blanc à son père, qui, sa vie durant, fut journaliste dans une télévision de province.



Publié dans Films 2005

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V
"les noms propres n'ont pas d'orthographe", c'est ce qu'on disait autrefois mais c'est sans doute démodé... Ceci dit,désolée pour cette erreur et les lecteurs profiteront de ta correction pour George sans "s" mais pas sans talent...
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B
la moindre des choses lorsque l'on veut donner des leçons à quelqu'un, c'est de savoir écrire son prénom... ça fait désordre! Non, George Clooney n'est pas français et par conséquent, son prénom ne porte pas de "s" à la fin!
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