HARD CANDY : Attention chat méchant!/Avant-Première à Deauville

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Patrick Wilson et Ellen Page. Metropolitan FilmExport

BANDE-ANNONCE

Quand une jeune fille de quatorze ans chatte sur internet, elle peut tomber sur ce que cherche son interlocuteur ou sur l’interlocuteur qu’elle cherche…. pour de superposables et inverses mauvaises raisons... Hayley Stark, ado surdouée et délurée va devenir davantage un cauchemar qu'un fantasme pour Jeff Kohlver, séduisant trentenaire photographe de mode. A moins que le cauchemar n'ait déjà démarré depuis bien longtemps pour Hayley…

L’écran de l'ordinateur a la taille de l’écran de cinéma, une part de gâteau au chocolat occupe également tout l’écran, puis les visages, le chat sur internet, les messages qui s’inscrivent… les plans géants sont le péché mignon du réalisateur et ça sied pas mal au sujet : un tête à tête obsessionnel et claustrophobique. Quand Lensman319 rencontre Thongirrrl14, c'est 100 minutes chrono d'une sorte de pièce de théâtre géante filmée en plans obèses et dilatés, un vibrant plaidoyer contre la pédophilie et une brillante démonstration des recherches des limites nerveuses du spectateur...

Patrick Wilson. Metropolitan FilmExport

C’est elle qui le pousse à se rencontrer, c’est encore elle qui insiste pour aller chez lui écouter de la musique, quand il arrive dans le café où ils ont rendez-vous, elle lui dit «tu n’as pas le physique du mec obligé de draguer sur le net!». Malgré son âge et son look androgyne de garçonnet, Hayley semble connaître la vie ou l’avoir appris dans les livres d'une biographie de Jean Seberg à «Romeo et Juliette» en passant par un dictionnaire médical… Effrontée «tu crois qu’en parlant trois semaines, tu connais tout de moi?», elle semble intimider le beau Jeff si bien élevé avec ses petites lunettes d’intellectuel. Agressive «la plupart des médecins m’ont déclarée folle, donc, je viens chez toi…»

Chez lui, une maison à la campagne, elle se prépare un screw-driver, elle va dans sa chambre, elle envahit son studio, elle veut qu’il la prenne en photo, elle se déshabille et elle danse en l’invectivant «come on Jeff, shoot me… ». Soudain, il devient violent, il perd le contrôle et l’engueule, pas très longtemps... car il s’effondre… Difficile de raconter davantage de l’histoire, on se rend compte après avoir vu le film que la BA n’utilise que les dix premières minutes du film et pour cause… Un huis-clos prend la relève qui dure toute la durée du film moins ces dix minutes…

Patrick Wilson et Ellen Page. Metropolitan FilmExport

Je n’ai lu qu’une critique ultra-négative de ce film dans le dernier «Studio magazine», extrait de l’article : «ce film d’une nullité crasse se sert d’un sujet sensible, la pédophilie, pour poser la base d’un thriller… le scénario est cousu de fil blanc, les acteurs cabotinent comme jamais, la mise en scène ne cesse de se regarder. Bref, c’est prétentieux et mal fichu »…

Je tire mon chapeau au rédacteur de «Studio» qui avait vu venir ce qui allait de passer, ce n’était nullement mon cas et pas non plus celui de la plupart des spectateurs du festival Deauville où certains mal à l’aise sont sortis (on verra qu'il y a eu bien pire pour vider la salle avec "Family Portraits" dont je ferai la critique bientôt sur le blog)… Que la mise en scène soit ambitieuse, c’est exact, d’ici à la trouver prétentieuse, pourquoi pas mais ça fonctionne avec une efficacité redoutable… On se ronge les ongles en priant que ça cesse et le réalisateur ne ménage pas plus les nerfs éprouvés des spectateurs que ceux des personnages sur l’écran… On boirait bien un petit verre pour se détendre… Bien entendu, pas la peine d’être Freud pour imaginer que c’est encore plus dur à regarder pour un homme que pour une femme… Ce qui expliquerait la réaction de « rejet » du critique cité ci-dessus… Personnellement, non seulement, je n’ai pas perçu de cabotinage dans le jeu des acteurs, mais l’excellent Patrick Wilson tient la distance dans un rôle très difficile, quant à Ellen Page (Hayley), son personnage a des kilos de pages de dialogues et c’est sans doute le point fastidieux du film, cette surenchère de monologues quand elle prend la parole… Quoique c’est en même temps l’arme du film : créer l’angoisse par la parole sans presque rien montrer (c’est Sadien au sens du marquis de Sade qui avait pesé le poids des mots avant l’heure…)

Les couleurs sont simples pour créer le malaise : du rouge, du vert foncé, du noir, du vert et blanc, du rouge et blanc, après les vingt première minutes du film, le jaune est absent, la lumière devient celle d'une clinique, c'est stylisé, souligné, sans beaucoup de nuances, mais ça marche...

Un film choc et qui veut être choc, peut-être un peu trop? Un film moralisateur et démonstratif peut-être un peu beaucoup ? Un film trop théâtral mais qui accomplit pourtant sa mission de cinéma : clouer le spectateur sur son fauteuil sous le choc des images, un vrai thriller dans un style original et dont on s’en souvient...

Ellen Page. Metropolitan FilmExport

Premier film de David Slade, réalisateur anglais, ce film présenté en compétition du festival de Deauville sort en salles le 27 septembre.


Mini-Pitch : quand une ado de 14 ans rencontre un séduisant photographe de mode sur internet, la victime ne sera pas nécessairement celle qu'on supposait... Un thriller claustrophobique assez éprouvant pour les nerfs du spectateur...

MMDA : je chatte plus sur le net, terminé!





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A
Ellen PageComme je l'ai déjà dit sur ce blog: courez voir la performance d'actrice, éblouissante, d'Ellen Page en ado sadique et machiavélique.
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S
j'attends ce film avec impatiente !
c'est en général bon signe quand ce sont les hommes qui quittent la salle, et dans le cas présent ca doit vouloir dire que le film atteint le but qu'il s'est fixé.
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