"HELL": Le Paradis, c'est l'enfer

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Sara Forestier. SND

La salle est remplie de pétasses sosies de Lolita Pille qui commençait son livre ainsi «je suis une pétasse», et pour le «sois belle et consomme», le credo de l'auteur, l'une des spectatrices avouera à la sortie du cinéma avoir eu 14 appels sur son mobile… Les autres prendront la salle de cinéma pour une traverse entre les toilettes et leurs fauteuils, s'y rendant fréquemment et par deux, un petit ballet de va et vient non stop qui fait que… le spectacle est plutôt… dans la salle bondée des clones du film… il faut dire que sur l'écran, il n'y a pas grand-chose d'excitant à regarder…

C'est que les toilettes de «Hell» sont le cœur du récit : c'est là qu'on se remonte le moral aux ecstas de tellement et toujours rien branler, la narine palpitante dans la poudre, «c'est pas de la drogue, c'est de la coke !», avec des billets de 500, la thune des parents, ces connards, en rouleaux de 20 printemps ; c'est là qu'on s'engueule, qu'on règle ses comptes, entre copines trahies, les Victoria, les Tatiana, qui se piquent un mec, le salaud, «j'aimerais bien être une salope» dit l'une d'elle ; c'est là qu'on se remaquille, l'œil vague dans les miroirs en sous-sol, gloss sucrés et poudre de riz pour retourner au combat et s'emmerder, encore…

La faute à l'exténuement des nuits identiques, des partouzes pathétiques où Hell y rencontre le père de sa meilleure copine, Sybille, où la maîtresse de maison, enceinte, débraillée, défoncée, fait le tour du salon à cheval sur son jules, quel ennui… « tu sors d'où, d'une de ces soirées à la con j'imagine?», demande Andrea à Hell. Pas de valeurs sauf le fric, les Porsche, les paquets griffés des boutiques de luxe, «je me suis cassé le talon», se plaint une copine «tes Gucci?» s'inquiète l'autre, « non, mon pied!», «ah bon, tu m'as fait peur!».

La faute aux parents largués, démissionnaires, «tu te lèves tôt ce matin!», «j'ai décidé de retourner à l'école», «quelle bonne nouvelle, je suis ravie, ma chérie !», dit la mère, débordée, la faute à pas de limites…Même pas d'engueulades, «c'est moi que tu attends maman?» s'étonne Hell en rentrant chez elle en pleine nuit, la mère répond «non, c'est ton père…». Pas plus de moralité, encore moins de morale, «dis, Ella, bois pas tout en une journée, c'est du Château Margaux», raille le père en rangeant ses caisses de vin. Et l'incommunicabilité érigée en mode de communication «je sais… tu as fait mai 68, tu prenais du LSD avec papa à Ibiza…», lance Andrea à sa mère, «ne me prend pas pour une vieille conne!», il a fallu qu'il sorte de garde à vue pour qu'elle se soucie de son fils.

La faute aux histoires d'amour qui sont des bons coups d'un soir sans visage, «vous en avez parlé au père?» demande la gynéco à Hell, «je le connais pas…», «on peut toujours savoir…», reprend le médecin, «de toute façon, je veux pas qu'il ait une mère comme moi… j'en veux pas…». La faute à Andrea, le double, qui la ramasse sur le trottoir de l'avenue Montaigne quand elle sort de la clinique en sanglots «je peux vous aider Mademoiselle?», Hell refuse, il lui donne un mouchoir, elle se retourne, il remonte dans sa Porsche noir, intérieur cuir noir, ils sont pareils… «Tu fais quoi ?» lui demande Andrea le soir de leur seconde rencontre «rien», répond Hell, «moi non plus… alors, buvons à rien !», ils trinquent, sifflent leurs flûtes de champagnes dans cette boite sinistre éclairée aux chandelles, assourdis des stridences de la soprano espagnole, plus c'est sombre, plus c'est chic.

La rencontre de deux paumés révoltés, des jumeaux, des alter ego, qui voudraient bien s'aimer si ils savaient comment, si le spectre de l'échec des parents ne venait roder dans les appartements somptueux et désertés, les lits défaits, les DVD sur les écrans géants, les concours de beuverie pour passer le temps, «on sera sales mais ensemble» dit Andrea. Quand ils ne sont pas couchés, ils sont vautrés dans les boites, les soirées, clopinent vers les taxis, vomissent dans les toilettes, trop crevés pour sortir, trop démolis pour rentrer, trop chargés pour dormir. Passé l'éblouissement de se découvrir identiques, Andrea et Hell se détruisent pour se préserver «pourquoi tu es partie ?» «pour te sauver », «c'est réussi, j'ai failli en crever !».

Au départ, il y avait un livre assez génial d'un auteur surdoué de 19 ans, école «Moins que zéro» de Bret Easton Ellis, Lolita Pille, dont le réalisateur Bruno Chiche n'a rien su tirer, pire, il l'a affadit, l'a rendu quelconque et vulgaire, le résumant à une somme de clichés, souvent mal filmés, mal observés et avec la garantie d'une émotion et d'une sensualité proche de zéro : faut le faire en filmant toutes ces étreintes, chapeau !!! En revanche, la fascination de Bruno Chiche pour les VIP nous vaut des reportages sur des appartements immenses somptueusement décorés, l'omniprésence de l'avenue Montaigne (qui avait déjà inspiré Danièle Thomson la semaine dernière…) et un défilé de sacs à main Vuitton, Céline, Gucci, Prada et les autres (les amateurs apprécieront), et des jean Diesel, des montres Rolex, des briquets Dupont, des lunettes Dior à profusion, un vrai sponsoring !!! Sans doute le réalisateur a-t-il pensé qu'il suffisait de planter le décor d'un monde guidé par les apparences… Et de faire fumer les personnages dans tous les plans, prendre des substances illicites un plan sur deux, l'autre plan étant occupé pour la vodka et le scotch, ce qui vaut une interdiction du film aux moins de douze ans…

On ose des scènes mièvres, assez ridicules, comme Hell en robe rouge parachutée à la plage sous un phare blanc et rouge et des images d'elle marchant au ralenti… Au ralenti aussi les images de Hell nageant sous l'eau dans une piscine sur une musique classique lyrique, enchaînement sur les deux à l'opéra faisant scandale, scène totalement incrédible, Hell déguisée en pute hurlant dans la loge…
Les acteurs :

Que dire des acteurs dans ces conditions : qu'ils font ce qu'ils peuvent pour sauver les meubles : on sent bien les dons de Sara Forestier, repérée dans le César de l'année dernière : «L'Esquive» mais aussi platement dirigée, elle semble trop gentille pour une Hell, le regard trop limpide, l'expression trop paisible, le personnage doit être beaucoup plus dur, plus buté, plus futile «ma seule préoccupation, c'est la tenue que je vais porter aujourd'hui», plus auto-destructrice, dans le film, elle est presque cool.

Même remarque pour Nicolas Duvauchelle, le séduisant Monsieur Ludivine Sagnier, tout tatoué, et acteur fétiche de Xavier Giannoli avec "Les Corps impatients" (2003) et le chichiteux "Une Aventure" (2005). Dans le roman, Andrea est un personnage introverti, retors, taré, en permanence sur la défensive, «le mec dont rêvent toutes les petites connes que personne n'a eu et que personne n'aura jamais», ici, c'est un mouton... Les deux acteurs jouent des personnages auxquels ils ne croient pas malgré leurs efforts, c'est la rencontre de deux «tueurs» repentis, rattrapés par leurs démons, qu'il fallait mettre en scène, pas de deux loques…

Bruno Chiche, acteur et réalisateur, a déjà à son actif «Barnie et des petites contrariétés» (2001) avec Fabrice Luchini, un film qui a eu bonne presse, et, apparemment, il n'a pas passé l'étape délicate du second film, peut-être le troisième...

Bon, mieux vaut lire le livre de Lolita Pille «Hell» (2002) qui existe en livre de poche et pourquoi pas le suivant «Bubble gum», une sorte de suite, un livre très réussi et plus abouti que le précédent, malgré le titre anglais pour la galerie, dans les interviews, l'auteur a dit un jour qu'elle écrivait pour ne pas boire, Bukowski faisait très bien les deux mais je plaisante... LP est un vrai écrivain, ça se fait rare...



Publié dans Films 2006

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Buying a thesis paper 03/06/2011 13:59

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Elena 08/06/2008 19:15

gros cliché

vierasouto 17/06/2007 03:50

réponse à creticos"est ce que tout simplement vous avez déjà ressenti ça
de tout vouloir alors que l'on a déjà tout?Ce mal être qui nous ronge de jour en jour
on fait parti d'un monde parallèle : celui de la jeunesse dorée ou privilégié"
Je suis assez touchée par cette phrase que vous écrivez, vous voulez dire que vous avez tout sauf l'essentiel? Ou que vous n'avez plus de place pour le désir en possédant déjà tout? Que vous êtes gavée de biens de consommation qui vous défendent d'avoir envie de posséder légitimement des choses par vous-même? En deux mots, que le fait d'être cataloguée jeunesse dorée ne vous donne plus le droit de vous plaindre du manque spirituel ou affectif parce que comme "l'argent fait le bonheur"..., personne ne vous plaindra, au contraire... J'ai relu ma critique écrite il y a plus d'un an lors de la sortie du film, le livre m'avait plus et pas le film, je dois dire que c'est assez confus ce que j'avais écris, je crois qu'à l'époque, j'ai voulu pasticher le style plus ou moins bien... Mais c'est sans méchanceté, pas consciente en tout cas, avec le temps, on se rend compte qu'on ne possède rien, ni matériellement ni affectivement, qu'on est le locataire de sa vie, qu'on est de passage sur cette terre et qu'on emportera rien dans l'au delà. Notre société de consommation est une imposture qui fabrique des frustrations et du manque pour vendre, avec des images idéalisées comme la jeunesse dorée à laquelle les autres voudraient ressembler mais ce sont des antivaleurs et ça condamne tout le monde au désespoir car il manquera toujours quelque chose, tant qu'on est emmuré dans la quête de l'idéal matériel, voire esthétique, on est sans espoir de bonheur. J'espère que vous comprenez mieux ce que je pense de ce système d'antivaleurs, ce ne sont pas les gens que je dénigre.

creticos 16/06/2007 22:51

pffffce résumer est plus que nul et ne donne pas envi de le voir ou de le lire
en plus tout n'est pas vrai et mal raconter
est ce que tout simplement vous avez déjà ressenti sa
de tout vouloir alors que l'on a déjà tout
ce mal être qui nous ronge de jour en jour
on fait partit d'un monde parallèle celui de la jeunesse dorée ou privilégié en tout cas ce qui est sur c'est qu'il y a que de la haine dans ce résumer
on ressent tellement le mépris .
je ne sais pas pourquoi je perd mon temps avec vous
mais le livre est quand même mieux qu le livre dommage pour l'adaptation

Agns 04/05/2006 20:14

J'ai lu le livre il y a peu, à défaut de voir le film (il n'était déjà plus en salle...) et je l'ai adoré !!!
Ca m'a encore plus donné l'envie de voir le film, mais en voyant la bande annonce, je m'attend déjà à être décue :
Primo, par les acteurs, ou du moins l'actrice, qui fait vulgaire du peu que j'ai aperçu, et qui ne colle pas assez au personnage du roman.
Deuxio, par le scénario, qui n'a pas l'air de retracer l'histoire, comme s'il utilisait juste le roman pour poser le décor et l'action, puis s'en détachait pour un scénario plus hollywoodien (ça fait mieux...?)
En tant que fan de l'ouvrage, je suis assez sceptique, et ton article n'est pas pour me rassurer... Mais la curiosité est trop forte : il faut que je le vois !

PS : Merci de citer les autres ouvrages de Lolita Pille, dont j'ai adoré le style : je m'en vais de ce pas me les procurer pour les dévorer !!!

Bonne continuation, ton blog à l'air sympa, réfléchi et bien écrit, ça fait plaiz' !
(A l'occasion viens voir le mien : agns.skyblog.com)