"DU JOUR AU LENDEMAIN" : Du Pareil au même...

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Benoît Poelvoorde. Mars DistributionSi vous n'avez pas de carte d'accès illimité, ça ne vaut pas le prix d'une place de cinéma, c'est le moins qu'on puisse dire… En revanche, si vous avez des problèmes de mémoire, une compétition de Scrabble à préparer, des neurones qui se raréfient, un soupçon de début d'Alzheimer, le casting de «Questions pour un champion»… Vous êtes partis pour un bon exercice de bachotage…

Au départ, il y a une idée sympa pas neuve : un homme malchanceux devient un homme chanceux «du jour au lendemain» et ne le supporte pas… Une idée moins légère qu'il n'y paraît puisque ce n'est pas d'hier qu'on sait, tout en restant sceptique, qu'un pourcentage de gens ne supportent pas le succès, la célébrité par exemple. Margaret Mitchell, auteur de «Autant en emporte le vent», supporta si mal sa notoriété qu'elle fut obligée de fuir dans un hôtel sous un faux nom… Jean Carrière, écrivain qui eut le Goncourt avec «L'Epervier de Maheu fit une telle dépression nerveuse durant les dix années suivantes qu'il en tira un livre «Le Prix d'un Goncourt», etc…

Lundi : la journée type de François Berthier commence par une cafetière qui explose dans sa cuisine, une poubelle qui craque dans l'escalier, une chute en se prenant les pieds dans les câbles qu'à installés un ouvrier dans le hall d'entrée : une sorte de François Pignon dans « La Chèvre » (celui de «je voulais du jus, j'en ai eu»). Dans la rue, il pleut des trombes d'eau, il en profite pour dire à un voisin que son chien a aboyé toute la nuit et le buraliste ne lui adresse pas la parole quand il ne le vole pas… Au bureau, le portier ne lui dit pas bonjour, le local au sous-sol est sombre et sans fenêtre (là, ça serait plutôt le bureau de Pierre Richard dans «Le Distrait»), le néon clignote et son patron l'engueule pour dix minutes de retard. A la cantine, la dernière part de tarte lui passe sous le nez et les jolies filles vont s'asseoir ailleurs qu'à sa table. Pour finir de brosser le tableau, son partenaire au tennis le pile, sa femme le trompe avec un beau chef de chantier, le livreur de pizzas oublie son allergie aux oeufs et ses voisins mitoyens l'empêchent de dormir en s'envoyant en l'air tous les soirs cinq minutes après son coucher.

Mardi : on reprend tous les évènements un à un et on les traite en positif, sans en oublier un seul : le réveil, le café, la poubelle, les câbles, le soleil, le buraliste aimable, le portier loquace… Puis, à nouveau, le bureau avec changement de standing pour le premier étage, le patron repenti qui offre des chocolats, la multiplication des tartes à la cantine avec une employée canon à sa table… Encore le tennis, le partenaire play-boy battu, le retour de l'épouse tout sourire, la mort du chien du voisin…, les pizzas qui arrivent sans œufs, les voisins mitoyens qui se font la gueule et donc ne crient plus à 22h30…

En fin de semaine, on recommence un troisième tour avec un François Berthier furieux d'être chanceux et on est reparti pour le café, la poubelle, le buraliste, le portier, le patron, le partenaire de tennis, les voisins avec le chien, l'œuf sur la pizza, les voisins du soir, etc…et TOUT, je dis bien tout, est relu une troisième fois… Avec ce bachotage imposé, je connais le film par cœur…

Morale : soit on est dans un système de vases communicants où le malheur de l'un fait la bonheur de l'autre, soit on ne veut pas ou on ne peut pas être heureux pour des raisons qu'une vie de psychanalyse peinerait à résoudre… Les perdants, les gagnants, ceux qui rasent les murs, ceux qui relèvent la tête, un monde de winers et de loosers ou se comportant comme tels : en deux mots, le chien mord celui qui a peur du chien, et, comme dirait ma gardienne : comme on fait son lit, on se couche !!!

Qu'est allé faire Benoit Poelvoorde dans cette galère de rabâchage, cette histoire qui tourne comme un disque rayé? Est-ce parce qu'il n'a pas supporté le succès de « Entre ses mains » où il était grandiose qu'il s'est recréé un univers de film médiocre pour être moins heureux, si l'on en croit la morale triplement surlignée du film, ça doit être qq chose comme ça… D'ailleurs, dans le film précédent, il avait pour partenaire la talentueuse Isabelle Carré et dans ce jour du lendemain ou ce lendemain du jour, il y a justement une pâle copie : Anne Consigny, (qui vient de faire un tabac en arrivant à la nuit des César en 2CV rouge vif quand tout le monde roulait en limousine)… recopiant les mimiques d'Isabelle Carré quasiment à l'identique (je l'ai d'autant mieux remarqué qu'on venait de passer une BA avec l'original).

Cependant, Benoit Poelvoorde est nickel en toute circonstance, il a la mine qu'il faut, les épaules rentrées le lundi matin, le dos droit le mardi matin, il s'agite en fin de semaine… il sait tout faire, même le café… et c'est le seul point positif du film : lui !!!

Le réalisateur, Philippe Le Guay, a déjà fait deux films : «L'Année Juliette» (1995) et "Le Coût de la vie" (2003) dont j'avoue que j'ai un souvenir assez vague si ce n'est que le thème du prix à payer de l'existence demeure.



Publié dans Films 2006

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Pandaranol 01/06/2011 19:48

PandaranolMerci pour cet article.

Seotons 29/01/2011 14:46

SeotonsPeut bien être singulier sujet essentiel dedans vie, chiquenaudes, théâtre combiné avec émission TV !

Seotons 04/11/2010 22:18

SeotonsSympa tout ca :)

Carine 17/01/2007 14:48

Je vais essayer d'être objective : pas facile quand on est une fan de Ben!
Ce long métrage met en avant le bonheur que l'on souhaite tant et qui fait si peur lorsqu'on l'atteint ...
C'est toute l'analyse de ce film qui a le mérite de faire rire et d'émouvoir à certains moments.
Film agréable porté par un Benoit Poelvoorde en forme. C'est rafraichissant et porteur d'espoir !

cris 17/03/2006 09:34

J'aimeMerci
J'irai pas
Enfin quelqu'un qui écrit des trucs intelligents et sans faire une faute à tous les mots! Je croyais que ça n'existait plus
mercimercimercimercimerci
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