Partager l'article ! "L'Imposteur" Paris-Cinéma cycle L'Embellie allemande : L'Ennui devant soi...: Second film de Christoph Hochhaüsler après "Le Bo ...
CinémaniacVintage
(transfert du blog cinemaniac.blogs.allocine.fr, articles 2006/2007)
Une silhouette dans la nuit sur la route dont on verra quand limage se rapproche quil sagit d'un jeune homme, mais cette fois-ci le personnage principal marche la nuit, filmé de face (dans « Le Bois lacté », ce sont les silhouettes des deux enfants de dos le jour sur la route). On entend le bruit réel amplifié du vent dans les feuilles quon pourrait croire celui dun moteur de voiture mais de voiture, il ny en a quune échouée en épave sur un talus avec son conducteur en sang écrasé contre le pare-brise. Le jeune homme sapproche, vivement intéressé par laccident.
De retour chez lui, intérieur blanc et neutre dune maison ordinaire dun lotissement (comme dans « Le Bois lacté »), le jeune homme dîne avec ses parents, ce qui pose immédiatement les rapports entre les protagonistes : une mère abusive, un père impuissant et omniprésent, un jeune homme assommé dennui et dincompréhension qui a dailleurs renoncé à en espérer. On le tanne pour trouver un emploi « une lettre de réponse aux annonces par jour ! » claironne la mère. Grand moment que cette scène où les parents ont enrôlé le frère aîné, la perfection de la famille, pour coacher le cadet dans une simulation dentretien dembauche avec le père et la mère interrompant et contredisant sans cesse.Le chemin de croix des entretiens avec les DRH des entreprises, alternant questionnaires « clé en main » , encouragements et gronderies paternalistes, est le morceau de bravoure du film, plein dhumour (grande différence avec le premier film du réal, ici, lhumour est très présent malgré la noirceur du sujet). Le jeune homme répond à peine quand il entend la question, muré dans un inaccessible ailleurs, sa couleur préférée, il nen sait rien, à quoi lui fait penser un dessin, à rien, il prétend aimer voyager sur son CV il est allé aux îles Canaries une fois dans sa vie, etc
Armin Steeb, jeune homme trop beau au physique féminin, la blondeur scandinave, la finesse des traits, les lèvres charnues, a un regard dange exterminateur à la Terence Stamp, version indolente des ados de Gus Van Sant. Paresseux comme une couleuvre, sa principale activité consiste à ne rien faire dans sa chambre où il se complait à périr doisiveté, ou le portrait d'un branleur teigneux et apathique. Cest en essayant de rédiger une nième lettre de candidature que vient lidée saugrenue à Armin dy substituer sa première lettre anonyme à la police où il se déclare responsable de laccident quil a vu sur la route. Chemin faisant, la machine semballe et voit Armin sobséder sur le sort des accidents et des accidentés successifs quil recherche jusquà passer à lacte
Lincommensurable ennui dégagé par les rapports et les réunions de familles, les parents, les deux frères et leurs épouses, Armin seul dans son coin, est admirablement bien vu : propos assommants tenus par les parents, parlant pour ne rien dire ou pour asphyxier leur fils de questions et de conseils. Indifférence absolue dArmin aux joies familiales telle lannonce de la grossesse dune belle-sur que le second frère veut annoncer comme une surprise. Pendant quon jase en famille, le jeune homme fantasme sur des motards gays, des groupes dhommes en cuir avec des casques de moto. Scène choc, sobre et cruelle, où une musique assourdissante (dans une maison où lon nen écoute jamais) mène les parents sidérés du palier vers létage où Armin fait son apprentissage de lhomosexualité contre le mur de sa chambre, la sono à fond, avec un motard ramassé on ne sait où.
Lutilisation des sons et des bruits domestiques est une des clés de la réalisation si empathique de CH : on « sy croirait » comme on dit : sur la route avec le vent et le moteur de la voiture qui va déboucher, derrière la voie ferrée avec le train roulant à toute vitesse, se rapprochant, puis séloignant, dans lescalier assourdissant de musique qui mène à la chambre dArmin, etc
Chez Christoph H, une phrase, un regard en dit plus long quexplications et dialogues : cet exemple de motif de sortie des parents pour se distraire « on va voir la nouvelle cuisine des Untel, tu veux venir avec nous ? Ca ferait plaisir à ta mère » Ce plan dun cadeau transporté avec je men-foutisme du bout des doigts que les parents dArmin lont forcé à apporter à un camarade infirme dont il a volé le fauteuil roulant pour faire la course avec Katja Le regard dArmin croisant celui de Katja (dans la dernière scène du film), son premier sourire du film, lexpression de Katja regardant « autrement » Armin, le tout en silence, est absolument parlant ! Le personnage de Katja, au regard gris de serpent (ravissante actrice au physique proche de celui de Liv Tyler), la vraie et fausse petite amie dArmin et dUlrich, est impitoyable comme celle qui juge, choisit et exclut.

En parlant de "L'Imposteur", on est obligé de faire souvent référence au premier film « Le Bois lacté » tant les thèmes sont communs quoique très différents dans le traitement de lhistoire. Dans les deux films, on note en première image du film un personnage en errance sur la route, la présence des trains passant en arrière-plan sur cette route ; lutilisation des bruits réels comme vecteur naturel des sensations (voir plus haut) ; l'incommunicabilité des personnages principaux, isolés mentalement du reste du monde, leurs fantasmes et leur haine, le mur étanche entre la femme et son mari (« Le Bois Lacté ») ou lado et ses parents (« LImposteur ») au point quils ne se connaissent absolument pas.Laccent mis sur la violence de la sexualité (dans les deux cas, consommée avec rage au premier étage comme pour la séparer de la vie du rez-de-chaussée) ; le poids du foyer et des tâches quotidiennes, lescalade du mensonge, des dissimulations et ses conséquences tragiques jusquà linéluctable passage à lacte, etc...
"L'Imposteur" est à la fois beaucoup plus accompli que le premier film de Christoph H avec la hiérarchisation sociale du chômage et la critique de limplacable ritualisation des entretiens d'embauche, de l'obligation de "se vendre", de l'impossibilité d'exister autrement que médiatiquement en faisant « un coup », léveil à lhomosexualité, lintroduction de lhumour totalement absent du premier film, etc... "Le Bois lacté" est une oeuvre plus dépouillée, plus pure, plus harmonique, plus simple sur le fond, avec des évènements ordinaires dont la combinaison pas ordinaire va conduire au drame tandis que le scénario de « LImposteur » traite de sujets multiples dont un seul aurait pu faire un film.
Dans les deux cas, un cinéma exemplaire où tout sonne juste et précis, un régal de cinéphile, à découvrir Dans le cycle allemand de Paris-Cinéma, jai eu loccasion de voir également « Sehnsucht » de Valeska Brisbach (en compétition) que javais nettement moins apprécié, lhyperréalisme de la photo et le souci de naturel à tout prix virant au naturalisme, la pauvreté des rapports entre les personnages, mayant un peu rebutée. Des deux films de Christoph Hochhaüsler, je préfère un peu « Le Bois lacté», une uvre de feu sous la glace, unique en son genre.
Film proposé dans le cycle "L'Embellie allemande" de Paris-Cinéma
MMDor+ : la vo m'a pas trop dérangé car on parle assez peu dans ces films allemands...
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