"Les Chansons d'amour" : la Nouvelle vague n'en finit pas de ranimer le cinéma français

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"Les Chansons d'amour"
de Christophe Honoré (en compétition à Cannes 2007)


Si ce film n’avait pas été sélectionné à Cannes, je n’y serais certainement pas allée, ayant été exemptée de l’enthousiasme collectif déclenché par le précédent film de Christophe Honoré "Dans Paris", mais la curiosité à pris le dessus. Si la recette est la même, le film est beaucoup plus abouti pour deux raisons la BO excellente et la construction narrative nickel.

On retrouve dès le début plus que des références à la Nouvelle Vague, le premier plan de Ludivine Sagnier de dos est la copie de Catherine Deneuve dans "Les Parapluies de Cherbourg" de Demy, la même coiffure et les mêmes cheveux blonds à la barrette près, un manteau blanc en place de l’imperméable. Sauf que Ludivine Sagnier se trémousse, Deneuve ne connaissant pas ce registre. Ensuite, comme dans "Dans Paris", on retrouve les deux influences majeures de C.Honoré : "La Maman et la putain" de Jean Eustache et deux films de la série des Antoine Doinel de François Truffaut ("Baisers volés" et "Domicile conjugal"). Enfin, pour avoir personnellement vu au moins 30 films avec Jean-Pierre Léaud et quasiment tous ceux qu’il a tournés pour la Nouvelle Vague, le pastiche sans retenue de Léaud par Louis Garrel me laisse plus agacée qu’autre chose, ça va si loin que des scènes entières des Truffaut sont imitées avec le même jeu. Quant à la scène des trois lisant dans un lit chacun un livre, on l’avait déjà dans "Dans Paris" (et aussi dans "Changement d'adresse" d'E. Mouret), recopiée de "Domicile conjugal" (JPLeaud/Claude Jade), le ménage à trois étant celui de "La Maman et la putain" (B .Laffont, F.Lebrun/JP Léaud) déjà esquissé au début de "Dans Paris", et... on a aussi mis des lunettes à Ludivine Sagnier comme en portait Claude Jade.

Au delà de l’obsession Nouvelle vague (le cinéma français en sortira-t-il jamais depuis presque 50 ans?), le problème de refaire une comédie musicale à la Demy est quasiment de société : peut-on chanter et danser aujourd’hui en 2007 avec légèreté et désinvolture comme dans les années 60 de plein emploi avant le sida ? Non, mais on peut faire semblant, c’est à peu près ainsi que j’ai perçu le film : on fait comme si et ça fonctionne pas mal surtout dans le drame (seconde partie). Par ailleurs, l’amour libre papillonnant indifféremment hétéro ou homo dont nous parle le réalisateur ne convainc pas (bien qu’il distraie), le fil du récit de C Honoré est particulièrement habile pour nous amener à la seule histoire qui l’intéresse vraiment : la relation de son héros avec un jeune homme avec une scène d’amour physique dont on sent toute la lumière et la passion qu’il a voulu y mettre par rapport aux relations précédentes picorées, survolées.

Julie supporte mal le ménage à trois avec Alice dans lequel elle et son fiancé Ismaël depuis 8 ans se sont installés depuis quelques mois, elle s’en plaint à sa sœur, à sa mère dans la cuisine lors du premier repas de famille pendant que l’inconstant distrait la galerie. Il ne faut pas oublier que chez Truffaut, on meurt d’amour ("Adèle H"), on s’évanouit ("La Femme d’à côté"), on aime à trois ("Deux Anglaises et le continent"***, "Jules et Jim"). Quand Julie disparaît, tout porte à croire qu’elle n’a pas supporté la situation. La force de ce film, c’est, non seulement la BO très réussie (dont les ventes vont certainement décoller) mais le pouvoir de l’absence, de l’absente. Trois parties : le départ, l’absence, le retour. Si Julie tenait sa place dans le trio avec brio mais sans plus, elle sera absente "en chair et en os" comme disait l'autre*… Alice, personnage androgyne, assurant la transition d’Ismaël de l’hétérosexualité à l’homosexualité, tentera de se consoler avec un breton possessif dont le petit frère tombera amoureux d’Ismaël. Les seconds rôles sont beaucoup plus justes que les vedettes du film : la sœur de Julie jouée par Chiara Mastroniani, très naturelle, le touchant Grégoire Leprince-Ringuet dans le rôle du jeune homme. Les trois autres s’astreignent à l’impossible exercice du fameux jeu distancié de la Nouvelle vague bien que Ludivine Sagnier, visiblement mal à l’aise au début du film à en faire des tonnes, s’en affranchisse rapidement pour redevenir vraie car au début, une chose m’a frappée : Ludivine Sagnier joue vrai avec sa voix en chantant, ça sonne juste, c’est émouvant, c’est la meilleure des trois, mais pas avec son corps qu’elle tortille ne sachant pas trop quoi en faire. Pour les deux autres acteurs principaux, il faudra attendre le drame pour que le jeu d’acteur se rétablisse dans une certaine mesure car Louis Garrel est possédé par Léaud comme Honoré par la Nouvelle vague et soit on accepte, soit on attend que ça passe.

*** Truffaut en parlant des "Deux anglaises" disait qu'il voulait faire un film physique sur l'amour (les souffrances de l'amour) et pas le contraire..

* "Les Mots de Sartre.


Je craignais la partie chantée, c’est la meilleure, et l'insertion des chansons est harmonieuse, leur quantité suffisante, ni trop ni pas assez. C’est vrai que le film est léger mais peut-être pas dans le sens de la légèreté marivaudage masquant les souffrances de l’amour fou et le mal de vivre, pour avoir enchaîné à la séance suivante avec le second film français en compétition à Cannes (« Le Scaphandre et le papillon » produit par Spielberg et réalisé par Julian Schnabel), ça supporte difficilement la comparaison et à tous points de vue, l’interprétation, la mise en scène, l’image, tout, et je ne parle pas du sujet particulièrement poignant (critique sur le blog d’ici peu)...

Ce film plaira, il emballe déjà à la critique, qui tout comme pour "Dans Paris", avait encensé C.Honoré ("Les Inrock" en avaient fait le meilleur film de l’année et refont leur couverture avec "Les Chansons d’amour" cette semaine, "Télérama" lui met la meilleure note, etc…) Cannes a adoré comme il a fêté le Tarentino, pastiche des séries Z américaines des années 70, la nostalgie est un fonds de commerce, un puits sans fonds. Attendons le troisième film de la sélection française présenté vendredi 25 mai à Cannes (sortie en salles le 30 mai) : une adaptation revendiquée d’un classique : un roman de Barbey d’Aurevilly "Une Vieille maîtresse" par Catherine Breillat.


NB. Pour le dépaysement…, les films de la Nouvelle vague se passant essentiellement rive gauche, à Saint Germain et Montparnasse, ici, on a émigré à la Bastille mais à la fin du film, on fait des plans sur le fronton de deux cinémas de Montparnasse, Le Bretagne et l’UGC Montparnasse, salle d’où je regardais justement le film hier soir…

NOTE : 2,5*/4

Sélection française à Cannes 2007
"Les Chansons d’amour" de Christophe Honoré
"Le Scaphandre et le papillon" de Julian Schnabel
"Une Vieille maîtresse" de Catherine Breillat



Publié dans Cannes2007compétition

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Coucou, votre blog est trop magnifique ! Je viens tous les jours et cela me plait beaucoup!!! Merci et bonne continuation !
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