La Môme : le pâle fantôme du paradis

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Emmanuelle Seigner. TFM Distribution

C’est étonnant comme on s’ennuie souvent dans ce film distribué dans tant de salles, où tout est montré au superlatif pour distraire le pèlerin au moyen d’un grand spectacle trop ambitieux et souvent indigeste.

La première chose qui vient à l’esprit en sortant du cinéma, c’est la construction du film : on part du malaise d’Edith Piaf qui s'effondre sur scène à NY en 1959, première image du film, et on remonte à l’enfance. D'incessants flash-backs vont alors jalonner le film dans un ordre qu’on dirait aléatoire… De l’enfance à laquelle on reviendra inlassablement et encore davantage, on aurait pu néanmoins remonter chronologiquement, bien que par étapes, des débuts d’Edith Piaf à sa fin misérable à Grasse en 1963. Le réalisateur préfère tout mélanger : Edith à 20 ans, puis Edith mourante, puis Edith à 30 ans, les vas et vient entre les époques sont incessants ce qui donne un aplatissement pour ne pas dire une absence de la montée du drame : on ne voit pas l'escalade de la dépendance aux drogues morphiniques (en réalité après son accident de voiture), pas non plus la survenue du vieillissement précoce (à 44 ans, elle en paraît 60), encore moins l'assise de sa carrière de chanteuse à Paris, c’est d’ailleurs la période la moins développée.

Passant d’une jeune fille brune à frange bouclée un peu godiche à une femme usée prématurément, cassée en deux, quasi-infirme, le cheveu roux et rare, on zappe la période de la grande Edith dont on ne traite que dans son histoire d’amour avec le champion de boxe Marcel Cerdan : et c’est dommage car c’est sans doute la meilleure part du film. Non seulement la relation avec Cerdan (JP Martins très beau) est assez touchante mais Marion Cotillard joue juste ayant enfin gommé son incroyable surjeu d’Edith à 20 ans, le cheveu est bouclé sans frange, la corps un peu voûté, l’attitude gouailleuse sans trop si ce n’est la crise d’hystérie déclenchée par la mort de Cerdan.

Cet aller et retour entre Edith agonisante et Edith petite fille, balaye Edith femme dont pas mal d'évènements comme sa vie amoureuse pygmalionne avec Yves Montand, Georges Moustaki, etc... ou cet enfant naturel qu’on apercevra entre deux portes vers la fin du film. Hormis Marcel Cerdan, la vie sentimentale d’Edith est bâclée, sur son lit de mort en 1963, elle réclame Théo (Théo Sarapo, son dernier très jeune mari qui l'a soignée jusqu'à la fin), en Californie en 1955, son mari (lequel?) l’accompagne faire une cure de désintoxication.

Marion Cotillard. TFM Distribution

Edith, fille d’une mère indigne (Clothilde Courreau) chanteuse des rues et d’un père (JP Rouve) contorsionniste de cirque est confiée par ce dernier à sa grand-mère (Catherine Allegret : une ressemblance de plus en plus frappante à Simone Signoret, sa mère) qui tient une maison close : si les photos et la lumière floutée des intérieurs de l’établissement sont belles et soignées, le réalisme n’est pas au rendez-vous. On voit bien quelques tentatives de montrer les choses comme elles se passaient, les clients dans le couloir, une prostituée battue, mais dans l’ensemble, la situation est très angélisée et toutes ces dames sont autant de mamans poules pour Edith. On note la meilleure prestation du film, à mon avis : Emmanuelle Seigner dans le personnage de Titine, la prostituée au grand cœur. Les séquences où la petite Edith est frappée d’une cécité temporaire sont interminables, ce ne sont pas les seules, bien des fois, on a hâte que la scène se termine, tout est trop long et surligné.

Flanquée de Momone (Sylvie Testud), une fausse demi-sœur, Edith chante dans les rues quand elle est remarquée en 1936 par Louis Leplée (Gérard Depardieu), le directeur du cabaret le «Gerny’s» qui la lance. Quand Leplée est assassiné, on soupçonne les mauvaises fréquentations d’Edith qui entretient un souteneur. Un auteur la remarque qui lui apprend à chanter, à interpréter ses chansons en jouant ce qu’elle dit et choisit la petite robe noire qu’elle ne quittera plus. Plus tard, Edith, tyrannique et capricieuse, telle qu’on nous la montre dans le film, vit entourée d’une cour qui la suit en tournée, Loulou (Pascal Greggory, parfait, comme d'habitude), le manager, Ginou, la secrétaire, Momone, la demi-sœur. Et les figures de l'époque passent... Coquatrix, Cocteau, Marlène Dietrich (sobre composition réussie de Caroline Sihol, une rencontre à NY où plane l'ombre de Gabin qu'avait tant aimé Marlène Dietrich qui finira d'ailleurs ses jours à Paris).

Disons-le clairement : les seuls moments d’émotion du film sont ceux où on entend la voix réelle de Piaf sur laquelle Marion Cotillard chante en play-back. On a beaucoup insisté, notamment dans des reportages, sur les heures de maquillage, sur la transformation physique assez spectaculaire de Marion Cotillard : on voit que l’actrice a dû se passer en boucles les vidéos de Piaf car elle imite sa voix, son phrasé et ses expressions, ça fonctionne parfois mais la plupart du temps c’est terriblement outré, surtout quand elle parle. La recherche du mimétisme à 200 % n’est sans doute pas la meilleure école pour vivre un personnage de l’intérieur de soi, on est dans l’exhibition d’une caricature d’Edith Piaf.

Tout est tellement exagéré et ostentatoire dans le film qu’on reste de marbre en attendant les chansons originales d’Edith Piaf qui viendront périodiquement rompre la lassitude de plus de deux heures à compter les flash-backs pour passer le temps (avec frustration dans la scène où on supprime la voix quand elle chante pour faire un effet…). On en vient alors à se dire qu’on aurait pu passer des CD de Piaf chez soi... car, bien entendu le film se termine sur «Je ne regrette rien». Il y a tout de même, rapportée dans la film, cette belle phrase de Piaf après la mort de Cerdan «il est mort dans le ciel, alors, il y est», dommage qu’on ait pas développé le côté si attachant de La Môme pour nous présenter la plupart du temps une mégère autoritaire et capricieuse. Grande déception de la part d'Olivier Dahan, le réalisateur du superbe film «Déjà mort».

Marion Cotillard. TFM Distribution


Nolween Leroy, rayonnant espoir de la chanson française, à l'avant-première du film

Photo Hugo Meyer : voir toutes les nombreuses photos de l'avant-première parisienne du film "La Môme"sur le blog AlterHugo...





Publié dans Films 2007

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