Partager l'article ! "A Night to dismember" : Le Rouge est mis/DVD: Pour annoncer la couleur, affligée du syndrome Marnie, je naime pas le rouge et je ne regarde ...
CinémaniacVintage
(transfert du blog cinemaniac.blogs.allocine.fr, articles 2006/2007)
Ce qui me frappe dans ce film, cest labsence de suspense, les agressions sont balisées et ritualisées à ce point quon peut anticiper les massacres et les pré-zapper, si jose dire, ce que je ne me suis pas privée de faire pour me débarrasser du rouge Mais cest sans doute le cas de tous les films de ce genre, quand, férue de polars et de thrillers à chercher le pourquoi du comment, je débarque dans un monde de passages à lacte exhibitionnistes apparemment gratuits
Néanmoins, les impressions que me laissent ce film sont à peu près le contraire de ce qui est montré à lécran : on sent une sorte dingénuité à montrer lhorreur, ce nest dailleurs par lhorreur qui est filmée mais la représentation de lhorreur, comme vue de lextérieur. Une tornade de pulsions sanguinaires affecterait les sujets comme une épidémie quon nessayerait même pas dendiguer, les victimes et leur entourage voyant arriver la catastrophe telle une fatalité à laquelle ils sont obligés de se soumettre, impuissants à se défendre.
Ce parti pris de représentation, conscient ou pas, implique une théâtralité des personnages, des lieux et des situations où tout serait montré que dhabitude on veut cacher : les acteurs sont pointés en train de jouer, les décors montrés comme tels, et, curiosité scénaristique, les situations nobéissent à aucune logique que celle de la fin justifiant les moyens, un objectif : faire gicler le sang, comme dans les pornos le sperme, point barre. Pour lun, le facteur sonne à la porte et culbute la nympho de service dans la scène suivante, pour lautre, nimporte qui prend une douche, des pas, une hache dans lombre et les têtes tombent! Naturellement, je caricature mais pas tant que ça
Dans cette « Night to dismember », on va loin dans le décalage avec la réalité en faisant jouer les acteurs comme dans un film muet chorégraphié sur la voix off du narrateur, pire, quand les acteurs se disent enfin deux phrases, ce ne sont pas eux qui parlent mais une voix plaquée par dessus, plutôt simple, comme venue dun autre film. La prépondérance de la musique est difficilement compréhensible, perçue comme banale mais allant paradoxalement la plupart du temps dans le sens inverse de la marche plutôt que ce à quoi on sattendrait daugmenter langoisse chez le spectateur.
Deux frères dans la famille Kent avec chacun deux filles. Le frère Kent 1 va voir sa famille décimée : ses deux filles dentre-tuent et sa femme est assassinée dans sa baignoire dans la foulée. Au tout début du film, une jeune femme sapprête à prendre son bain, le corps maigre avec des tâches dans le dos, relevant ses cheveux teints en jaune roux en chignon, lactrice a quelque chose de misérable et crade, une tête de victime sur mesure dont la mort la soulagerait de son pénible séjour sur cette terre. Soudain, on filme une paire de pieds avec des ongles pas soignés, trop longs, pas vernis, à noter que pendant tout le film, la menace est symbolisée par les pieds et je cherche encore pourquoi... Puis, lombre dune arme blanche sur un mur. Dans les scènes suivantes, la séquence sera identique : un individu seul, des pieds, une arme, un carnage. Avec une variante : lindividu se sentant pris au piège dans une pièce va se mettre en danger non pas en y restant mais en sortant justement de cette pièce pour aller dans la suivante vérifier que tout va bien
Revenons à lhistoire avec les déboires du frère Kent 2 : Adam Kent, la cinquantaine adipeuse, calvitie et moustache agressive, est flanqué dune épouse à mise en plis et de deux filles Vicky et X. La une du journal local annonce que Vicky Kent vient dêtre relâchée de son asile mais, comme dit laccroche du DVD, est-elle vraiment guérie? Cinq ans auparavant, Vicky Kent avait assassiné deux jeunes gens qui jouaient dans un cimetière, ambiance... Flash-back sur le drame : devant limminence dune agression (plan de pieds dans lherbe) ces deux-là sétaient précipité dans une cave, sans doute pour devancer lappel dêtre massacrés plus vite
Vicky sort donc de lasile, portant à son bras un immense sac à main rouge sang, et monte en voiture avec ses parents. Sur la banquette arrière, Vicky, dont la voix off dit quelle supporte mal de retrouver lair libre, est prise de vertiges que la réalisatrice montre en faisant basculer les images un peu nimporte comment pourvu que ça tourne comme après une cuite. De retour dans lappartement familial sinistre, décor tout blanc avec moquette et abat-jour rouge, canapé zébré en fausse fourrure, Vicky retrouve sa chambre où il manque une photo sur un mur Sa sur, qui complote pour la faire retourner à lasile, a un petit ami (celui de la photo manquante) aimé de Vicky (pas très bien compris si elle aime le petit ami de sa sur ou si cest ex le sien que sa sur aime).
Pour revenir une minute à lhistoire du frère Kent 1, avant dêtre poignardée dans sa baignoire, son épouse est présentée comme ravissante à forte poitrine (tombant à la taille mais passons ) débordant dune blouse ouverte rouge à pois blancs. Après avoir assassiné les deux jeunes gens du cimetière et sans doute sa jolie tante, quand Vicky reviendra en ville cinq années plus tard reprendre du service dans le maniement de la hache, elle portera un t.shirt imprimé en sens inverse : blanc à pois rouges Coquetterie de la réalisatrice dont on note lapplication à parsemer son film de codes et de symboles alors quau point où on en est
Une scène très années 70 vient se greffer dans le film, par rapport au reste, cest encore la plus cohérente avec une tentative de poésie : le détective vient voir Vicky qui le séduit en exécutant un strip-tease faisant virevolter son jupon dont le tissu occupe tout lécran, puis, elle saffale sur un siège et son image se brouille Sen suit un rêve érotique éveillé représenté par deux corps emmêlés qui passent par plusieurs couleurs et finissent par le rouge, évidemment Mais entre-temps, les draps deviennent de leau et leau des draps, comme une tentative de purification par une sexualité harmonieuse condamnée : Vicky se relève et on vérifie que la culotte est assortie à son soutien-gorge rouge, touchante obstination à soigner les détails
Létonnement que provoque de genre de films, cest lacceptation des personnages de se faire massacrer, les victimes, incapables de se défendre, sont quasiment consentantes quand elles ne se mettent pas carrément en situation de se faire agresser. On admet la toute puissance du meurtrier par lentremise de larme blanche, lobjet phallique par excellence, qui immobilise la proie pétrifiée, entre peur et désir, entre sexe et mort.
Pour le cas qui nous occupe, la surprise vient au moins autant de la forme que du fond : comment expliquer cette surenchère du spectacle (décors ostensiblement exposés, acteurs exhibés comme jouant la comédie) autrement que par lanémie du budget ne laissant pas dautre alternative que de tirer parti des carences? Que ce choix soit ou non prémédité, secret de fabrication, on obtient au final un film punk avant la lettre : puisquon na pas les moyens, soyons pire que tout
En conclusion, ce film, désarmant dobstination à faire du cinéma sans en avoir les moyens, touche par son côté artisanal et sa bonne volonté à fignoler des détails quand lessentiel ne tient pas debout.
Le sujet du film pourrait être (comme sans doute dans tous les films du genre) la ritualisation de la violence présentée comme une cérémonie, un mal inéluctable, une conversion des pulsions libidinales en instincts meurtriers irrépressibles, les vamps retrouvant leur étymologie de vampires
Cependant, la propension à bâcler lintrigue et à faire fi de la logique narrative, sans parler de linterprétation de fortune, nous souffle confusément que le sujet de « A night to dismember » ne serait peut-être quun prétexte à faire un cinéma pictural (une toile)
Le scénario étant le cadet des soucis de la réalisatrice, visiblement immergée durablement dans ses phobies et ses fantasmes, ce film castré sur la castration, comme dirait lautre
, ressemble à un cauchemar cathartique duquel le spectateur sort avec une impression deffraction dans les affaires privées de Doris W.
Quelques mots sur la réalisatrice :
Filmographie de Doris Wishman :
Nude on the Moon (1961)
Diary of a Nudist (1961)
Blaze Starr Goes Nudist (1965),
Bad Girls Go To Hell (1965),
A Taste of Flesh (1967)
Deadly Weapons (1974)
Double Agent 73 (1974)
A Night To Dismember (1983)
"Nude on the moon" et "Deadly weapons": deux films de Doris Wishman
Doris Wishman, baptisée « The Queen of Sexploitation » a produit quantité de films underground pour adultes qui sont aujourdhui considérés comme le summum du kitsch et du mauvais goût : « A Night to dismember » met en scène lactrice X Samantha Fox qui nest nullement la chanteuse, son homonyme.
Photo de Samantha Fox dans "Mystical Journey" (1979) (je n'ai pas pu trouver de photo de l'actrice dans "A Night to dismember")
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