Odette Toulemonde : Conte de fée philosophique /Avant - Première

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Catherine Frot. Pathé Distribution

Quelle audace de faire un conte de fées en 2006! Dans la forme, "Odette Toulemonde" est un conte de fées, dans le fond, c’est à la fois une fable morale, une critique sociale, une parabole religieuse et une histoire d’amour à l’eau de rose.

Odette Toulemonde (Catherine Frot), désarmante de candeur et d’optimisme, n’a pas grand chose pour être heureuse : veuve depuis dix ans, elle héberge dans son appartement minuscule une fille ado à problèmes, un fils coiffeur gay et leurs compagnons parasites. Travaillant le jour chez Inno au rayon parfumerie, Odette arrondit ses fins de mois en cousant des plumes sur des costumes pour des revues genre Folies Bergères. Non seulement Odette n’est pas révoltée par sa vie mais elle déborde de reconnaissance pour son idole : l’écrivain Balthazar Balsan dont elle achète tous les livres et qu’elle tient pour responsable de sa bonne humeur.

Un après-midi pas comme les autres, Odette a posé une demi-journée de congé pour se rendre de Charleroi à Bruxelles pour une séance de dédicaces de BB, «c’est le grand jour» comme disent les collègues du magasin qui la taquinent. Malheureusement, la voix étranglée par l’émotion, Odette ne parvient même pas à articuler correctement son prénom. Pendant ce temps, l’écrivain célèbre mate les formes de sa séduisante attachée de presse belge pour tromper l’ennui de la dédicace.

A l’inverse d’Odette Toulemonde, Balthazar Balsan (Albert Dupontel), sorte de Paul Loup Sulitzer tendance Delly, a tout pour être heureux : le succès, la fortune, un éditeur aux petits soins (Alain Doutey), une belle maison, une femme superbe. Une seule ombre au tableau : la reconnaissance critique lui est refusée pour cause de succès commercial. Un soir qu’il regarde «Librifolio», une émission littéraire télévisée dans le style de feu celle de Bernard Pivot, Balthazar Balsan est pétrifié par la mise à mort de son dernier livre par Olav Pims (Jacques Weber), écrivain intello et critique snob qui raille son lectorat féminin populaire et son absence de style… Un électrochoc salutaire qui met BB devant l’étendue du désastre de sa vie, non seulement, il n’est pas heureux malgré toutes les raisons matérielles de l’être, mais encore sa femme le ridiculise devant le tout Paris en le trompant avec Olav Pims…

Odette, contrite de n’avoir pas pu aligner deux mots devant Balthazar Balsan, décide de lui écrire une lettre pour lui dire toute sa gratitude de la maintenir en vie grâce à ses livres. Une missive qui tombe à pic dans la clinique où BB se remet d’une tentative de suicide. Pris d’une intuition, BB quitte Paris et s’en va demander asile à Odette Toulemonde à Charleroi pour faire un break.

Catherine Frot. Pathé Distribution

Ces deux êtres qu’apparemment tout sépare mais que réunit en réalité leur origine sociale modeste et leur gentillesse innée, vont alors se rapprocher. C’est l’occasion de juxtaposer les univers des deux protagonistes, la superbe villa de BB avec service et Porsche à l’entrée et l’appartement surpeuplé d’Odette* où on campe pour tenir à six. L’univers d’Odette est celui d’une midinette enfantine ayant un pied solidement ancré dans la réalité et l’autre amarré dans l’imaginaire pour tenir moralement le coup : avec sa collection de poupées et son papier à lettres gravé d’angelots, son insatiable bonne volonté à faire plaisir, à cuisiner, à repriser, à consoler, à danser sur Joséphine Baker, à rêver devant une horrible photo tapissant un mur de sa chambre (un couple peint en noir devant un coucher de soleil orange), et même à s’envoler de bonheur, Odette est une femme autonome qui a résolu ses frustrations en interne et ne demande rien à personne…
Au contraire, BB dépend de tout et tout le monde, de son lectorat, de son éditeur, de son épouse adultère, de la critique littéraire, de l’inspiration devant la page blanche, un homme fragilisé par l’ambition, l’opulence et l’anxiété que ça cesse.

* On note le prénom emprunté à Proust : Odette de Crécy dont le narrateur Swann dit qu'elle n'était pas son type de femme...

Eric-Emmanuel Schmidt a dit dans une interview qu’il avait voulu faire un film sur la crise de la quarantaine davantage que sur les états d’âme d’un écrivain. Le bon sens d’Odette jettera cette phrase à la face de BB «on ne refait pas sa vie à son âge à Charleroi!» Lui-même victime d’un succès populaire, écrivain de pièces de théâtre plébiscitées dès «Le Visiteur» en 1993, EES a souffert de ce système de clans et incorpore à son récit une critique du microcosme littéraire où le succès est suspect.

La gentillesse et la crédulité d’Odette sont poussées à ce point qu’on frise le ridicule mais la bonté peut-elle être sujet de dérision dans ce monde impitoyable ? Les toilettes d’Odette vont dans le même sens de masquer la taille mannequin de Catherine Frot : petit tailleur mémère à carreaux rose et beige, chignon bouclé, mules à pompons, sur un corps svelte et musclé absolument pas mis en valeur. Il faut que le voisin culturiste échangiste dise trivialement qu’il se «ferait» bien Odette pour que BB la regarde comme une femme séduisante.

Le spectateur suit le cheminement mental de BB : indifférent, amusé, touché, rétif, convaincu, il se laissera progressivement séduire par Odette à laquelle il réclamera « une leçon de bonheur ». En cela, le film est réussi. L’empathie pour Odette est immédiate, l’histoire d’amour platonique du couple improbable nous offre, comme à BB, un break de sexe et violence au cinéma, et, plus étonnamment, le couple Catherine Frot/Albert Dupontel fonctionne, mieux, il est attachant.

Catherine Frot. Pathé Distribution

Sur la forme du film, quelques réserves, EES n’est pas un réalisateur, c’est son premier film tiré d’un livre destiné au cinéma qu’il n’avait pas l’intention de réaliser. Devant l’incompréhension des réalisateurs contactés qui n’avaient pas saisi les dimensions multiples de son récit, encouragé par son producteur, EES, entouré d’une équipe de pros, s’est lancé. Au final, le film souffre d’un excès d’effets divers et variés. Primo : Odette vole à la manière de Mary Poppins, ce qui est discutable… mais on n’en reste pas là ; secundo : Odette danse et chante comme dans une comédie musicale quand elle entend les chansons de Josephine Baker ; tertio : Odette fantasme en animant mentalement le couple de sa tapisserie murale. Cerise sur le gâteau : un concierge nommé Jésus symbolise la générosité d’Odette. Bien entendu, un choix entre tous ces types d'effets, pour n’en retenir qu’un seul composant un leit-motiv, eût été nettement plus efficace et garant d’une unité de ton. La BO, de concert avec ces effets, est le point faible du film, trop hétérogène, souvent assourdissante, de la boite à musique à la salsa de supermarché, en passant par la chanson du début du siècle.

Deux films viennent à l’esprit pendant la projection : «Romuald et Juliette» de Coline Serreau qui voyait l’homme d’affaire Daniel Auteuil retrouver les vraies valeurs en tombant amoureux de la femme de ménage de son bureau et «La Dilettante» de Pascal Thomas, film qui a propulsé Catherine Frot sur un registre de comédienne au superlatif. «Odette Toulemonde», c’est un peu "La Dilettante" à l’envers, mais dans le deux cas un numéro d’actrice avec le risque de rejouer toujours le même personnage irrésistible de vitalité. On a vu, notamment dans «La Tourneuse de pages», que Catherine Frot excelle aussi dans des rôles dramatiques introvertis qui la préservent de l’écueil du surjeu.

En conclusion, des personnages émouvants, des acteurs irradiant de charme et de talent, des
dialogues brillants, souvent très amusants, au service d’un conte de fée philosophique plus que d’une franche comédie, et, probablement, un succès en perspective!!!

Catherine Frot et Albert Dupontel. Pathé Distribution

Mini-Pitch : La rencontre d'une midinette de province, désarmante de générosité, Odette Toulemonde, et d'un écrivain célèbre qu'elle vénère à qui elle va réapprendre les vraies valeurs de l'existence. Une comédie philosophique conte de fées franco-belge.

MMAD : pas vu d'animaux chez Odette de Crécy, ça manque...


«Odette Toulemonde» sera projeté en clôture du festival du film de comédie de l’Alpe d’Huez du 18 au 23 janvier 2007 présidé par Antoine de Caunes. Sortie en salles le 7 février 2007.



Film vu en avant-première au Centre Wallonie-Bruxelles mercredi 17 janvier à Paris dans le cadre de l’association « Calcutta : de la rue à l’école » dont l’objectif est d’aider à la scolarisation des enfants et adolescents indiens déshérités vivant dans les rues, les bidonvilles et les squats (600 élèves pris en charge pour l’année 2006/2007). Tous les profits de la soirée ont été intégralement reversés à l’association. Renseignements : www.calcuttadelaruealecole.org, tél. 03 20 51 47 19.


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Joost 14/05/2018 09:28

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Joost 14/05/2018 09:28

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