Partager l'article ! Paris-Cinéma est-il encore un festival pour le public? "Le Ciel de Paris" + "Elle s'appelle Sabine"/Avant-Première: La journée avait pourtant ...
CinémaniacVintage
(transfert du blog cinemaniac.blogs.allocine.fr, articles 2006/2007)
La journée avait pourtant bien démarré avec la brillante présentation du film "Le Ciel de Paris" par Jonathan Fisher de RadioCampus qui nest dautre que notre confrère Allocinéen du Blog CinéPark. La photo est ratée, la salle était très sombre, dommage !
"Le Ciel de Paris" de Michel Béna (1990)
Cette uvre unique de Michel Béna, réalisateur malheureusement mort du sida avant la sortie du film, est intéressante et attachante, entre Téchiné, dont il fut lassistant et Pialat. On y retrouve Sandrine Bonnaire, lumineuse et pleine de vie auprès de Paul Blain et dEvelyne Bouix.
Marc et Suzanne forment un couple blanc, il est homosexuel, elle sort dune histoire damour malheureuse. Cependant, les deux jeunes gens partagent un appartement et une intimité certaine. Cest à la piscine que Marc et Suzanne font la connaissance de Lucien. La piscine, lieu central où on revient régulièrement se défouler, se purifier, laver sa mémoire. Aussitôt, Marc tombe amoureux de Lucien, qui, lui est fortement attiré par Suzanne. Mais qui donc aime Suzanne ? Chemin faisant, bien que les jalousies sinstallent, voire les disputes, on se rend compte que le vrai couple est peut-être bien celui qui ne lest pas : Lucien devient vite lobjet du désir pour Marc et le miroir du désir pour Suzanne. Les deux complices se renvoient alors létranger nouveau venu de lun à lautre comme une balle de Ping Pong, se ménageant lun et lautre. Le film est interprété de façon très charnelle, regards et attitudes en disant plus long que les minces dialogues. Dautant quà lexception de Sandrine Bonnaire, exceptionnellement naturelle (comme toujours), les autres paraissent parler, pour les hommes de façon distanciée et pour Evelyne Bouix minaudante (on est frappé par son changement de visage tout neuf de lépoque). On est à deux doigts dune magnifique fin de film ouverte, Marc et Suzanne valsant sur "Le Beau Danube bleu" mais le réalisateur cède à la tentation de mettre des points sur les i en rajoutant deux scènes très physiques et explicites dont aurait pu se passer, à mon avis. Un récit minimaliste, sans fioriture et sans beaucoup dillusions non plus, parlant avec tact de lhomosexualité pas toujours facile à vivre et à assumer en pleine période dépidémie de Sida, filmé au plus près du réel et des visages, avec un ton et un style, une histoire banale qui parvient pourtant immédiatement à vous captiver.
Après une agréable pause à la terrasse dun café pour le seul jour de soleil sur Paris depuis 10 jours, la météo parisienne va insidieusement tourner à lorage
Comme il mavait été impossible dacheter une place pour la séance très médiatisée de 20h en même temps que pour celle de 14h, je reviens donc my coller vers 18h30. Nous ne sommes que trois dans le hall de lArlequin : le caissier, un client et moi. Le client demande deux places pour 20h mais il na pas suffisamment dargent, le caissier lenvoie aimablement au distributeur et lui met ses places de côté. Ensuite, il refuse mon Pass, ça ne peut servir quen accès de dernière minute, aussi, je me décide à débourser 4 Euros pour assurer ma place car je vois se profiler une soirée Paris-Cinéma 2007 comme la veille et lavant-veille avec une promo denfer et pas de places à larrivée Mais le caissier, agacé que j'ai trouvé une solution, décide quil ne vendra plus aucune place avant 19h20, je lui objecte que cest deux poids deux mesures, qu'il vient de vendre deux billets sous mon nez, etc... Sen suit un psychodrame qui va durer presque deux heures. Le type, aussi sympa quun nazi dans un film de guerre, est tout à la jouissance de faire la loi et plus je proteste, plus j'aggrave mon cas, au final, le fin psychologue me traite de parano (drame de la psychiatrisation du langage où on dit nimporte quoi )
Sur ces entrefaits, débarque léquipe de Paris-Cinéma menée par une grande asperge blonde qui, le dos tourné, refuse d''écouter les doléances, ses collègues impassibles, eux, sont frappés de surdité providentielle (sauf les bénévoles qui font ce qu'elles peuvent), un peu plus tard, la bêcheuse est presque en larmes car elle se fait engueuler vertement par un groupe de détenteurs du Pass quon refoule tous les soirs. Un monsieur raconte que le premier soir du festival, la soirée à été annulée, que le second soir, il a essayé une projection à lInstitut du Monde arabe, également annulée, et à présent, on lui dit de rentrer chez lui, que le film sort en salles en janvier 2008. Un producteur sentend répondre que si il produit le film, il na qua se débrouiller tout seul pour obtenir des places Dans lintervalle, l'impitoyable caissier, caisse fermée, traverse le hall et apporte une grosse pile de billets imprimés à la grande asperge snob du stand Paris-Cinéma pour les distribuer en invitations sup en plus des cartons, elle nous toise «cest pour Sandriiiiine...», ce qui fait quau final, presque la moitié de la salle est réservée aux invités.
Enfin, le directeur du cinéma, un homme sympathique et bien élevé, ce qui tranche dans cette ambiance de plomb, décide daller prévenir la fille dattente immense parquée rue de Rennes quon nen prendra pas la moitié, puis seulement le tiers, il ne restait déjà que 100 places à vendre, à présent, il nen reste que 70 Pour ma part, ça fait belle lurette que jai renoncé au film et je mapprête à prendre des photos de Sandrine Bonnaire quand elle arrivera avant de rentrer chez moi. Quand, 5 mn avant le début de la séance, de derrière le stand de Paris-Cinéma, une gentille bénévole (merci à elle) dit à lasperge «mais donnez-lui un ticket (les invités nétant pas tous venus), elle attend depuis deux heures!», lasperge fait la grimace mais ne trouve pas darguments pour refuser, donc, je rentre dans la salle mais lenvie de voir le film ma désertée
Je suis découragée par le relationnel ordinaire des parisiens entre eux qui saggrave dannée en année, les gens sont exaspérés, arrogants, agressifs, la loi du plus fort, du plus vache. Quand je vais en vacances en Normandie, je ne cesse de remercier à tout bout de champ quand quelquun est aimable dans un magasin alors quen fait, ils le sont tous naturellement. Le comble étant que le film de 20h est sûrement le plus compassionnel du festival «Elle sappelle Sabine», bouleversant documentaire sur la sur autiste de Sandrine Bonnaire quelle filme depuis 25 ans. A croire quon ne se souvient dêtre humain quen regardant un écran pendant que dans la vie on est odieux.
Jen demande pardon aux lecteurs du blog que jai déjà assommé avec mes petits soucis de festivalière mais je stoppe le suivi et donc le compte rendu de Paris-Cinéma. On a visiblement cette année engagé une nouvelle agence de com qui a fait les choses en grand côté promo, luxueuse ouverture VIP sur les Champs Elysées, Pass permanents à 20 Euros qui nexistaient pas lannée passée. Dans ces conditions, si les salles ne sont toujours pas remplies dans la journée, en revanche, les parisiens se précipitent pour les quelques séances médiatisées où on crée lévénement en faisant venir des people Mais le nombre de places a considérablement rapetissé en même temps que la promo augmentait. Comme je lai dit dans mon précédent billet, deux petites salles en sous-sol pour à la fois les films de la compétition et les avant-premières des films de Cannes au lointain MK2 Bibliothèque, une seule salle à lArlequin au lieu de trois lannée dernière et une programmation beaucoup plus auteuriste (pour un festival public) que l'année dernière. Hier, grâce à l'expertise du magazine Positif qui lavait organisé, jai assisté au cinéma Max Linder à un passionnant débat avec Francesco Rosi après la projection de "L'Affaire Mattei" dans une salle heureusement très grande mais ne pouvant néanmoins contenir tous les postulants.
On va arriver au comble que le Pass de 20 Euros si il est inutilisable en accès de dernière minutes coûtera finalement plus cher que dacheter une place à lunité à lavance à 4 Euros, seule façon de voir un film. Une France à deux vitesses, même au cinéma, il va falloir shabituer
Quelques idées pour se consoler et utiliser son Pass si on la déjà acheté : rétrospective Francesco Rosi au cinéma Reflet Médicis (deux salles). Les ciné-concerts Ernst Lubitsch au cinéma Le Balzac (grande salle). Mieux vaut choisir des films anciens sans invités et éviter les soirées et les week-ends.
"Elle sappelle Sabine" de Sandrine Bonnaire (Quinzaine des réalisateurs à Cannes 2007)
Documentaire de Sandrine Bonnaire sur sa sur autiste quelle filme depuis 25 ans. Un film tourné avec le cur en juxtaposant les images de sa sur jeune jolie et active, quasiment autonome, avec celle daujourdhui, prostrée et brisée par 5 années dHôpital Psychiatrique. Après la mort de leur frère aîné, la mère de Sandrine Bonnaire déménage en province, se retrouvant en tête à tête dans une maison avec sa fille Sabine qui ne le supporte pas. Habituée à être entourée par tous ses frères et surs dans la RP, la panique la conduit à des crises de violences. Des essais sont alors faits de faire venir Sabine à Paris chez une de ses surs mais le vie de famille devient rapidement impossible. En dernier recours, Sandrine Bonnaire loue un appartement en face de chez elle pour sa sur et deux garde-malades qui ne vont pas tarder à rendre leur tablier. En 2001, la famille de Sabine, décide de lenvoyer dans un hôpital psychiatrique pour une consultation, elle y restera 5 ans, faute de trouver une institution spécialisée car les rares centres existants nont pas de places. Témoignage de la mère dun patient disant quelle a organisé lavenir de son fils au delà de ses 18 ans quand il avait 12 ans ! Au sortir de ces années, la Sabine jeune et jolie aux longs cheveux, sexprimant en souriant et voyageant avec sa sur, a disparu. Sandrine Bonnaire participe à la création dun nouveau centre dans le Poitou-Charentes. Cest là-bas quon retrouve à lécran le film de la vie de Sabine aujourdhui dans un état de terrible régression : ayant pris 30 kilos, les cheveux très courts, le regard souvent hagard, le maintien des épaules incertain, abrutie par les médicaments, perpétuellement fatiguée, terrifiée par lidée que sa sur oublie daller la voir, lui reposant inlassablement la question de quand elle reviendra, la jeune femme survit. Retrouvera-t-elle un jour ses capacités davant ses années denfermement en HP et quelle est la part dévolution naturelle de la maladie ? Sandrine Bonnaire, des fleurs dans les bras à la fin de la projection et sourire lumineux (petite photo pas terrible), une belle personne à lextérieur et à lintérieur.
Sortie du film fin septembre 2007 sur France 3 et mi-janvier 2008 en salles.
Sandrine Bonnaire à la fin de la projection samedi 7 juillet au cinéma l'Arlequin
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