"La Science des rêves" : Paris-Cinéma, avant-première

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Gael Garcia Bernal et Charlotte Gainsbourg. Gaumont Columbia Tristar Films

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Ce sera sûrement "le" film branché qu'il faut aimer, interminable file d'attente dans la rue, la salle comble, les rires, les applaudissements, l'avant-première du film "la Science des rêves" fut un franc succès dans la salle bien que les questions à l'équipe du film après la projection (annoncées "sous réserve" ) aient été zappées... La veille, un réalisateur faisait le déplacement de Los Angeles à Paris pour présenter son film, un autre venait de Singapour mais de Paris à Paris, c’est plus compliqué...

Stéphane Miroux arrive du Mexique pour un boulot de dessinateur, enfin, c'est ce qu'il croit, sa mère (Miou-Miou) ne lui a pas dit toute la vérité sur ce travail qu'elle lui a déniché. La société où va travailler Stéphane est en réalité une fabrique de calendriers où ses dessins artistiques n'ont pas leur place.

En retrouvant l'appartement familial, déserté, après la mort de son père et l’emménagement de sa mère chez un nouveau compagnon, Stéphane trouve néanmoins une âme sœur en la personne d’une voisine : elle se prénomme Stéphanie (Charlotte Gainsbourg), ce qui est encourageant. Sauf que Stéphane préfère de prime abord Zoé, la copine de Stéphanie, aussi délurée que sa voisine de palier est timide.

Pour échapper à l’ennui du quotidien, Stéphane a imaginé une vie de substitution sous la forme d'une sorte de télé privée "Stéphane TV"*** avec des caméras découpées dans des cartons et une paillasse genre téléachat où il mitonnerait des rêves comme des recettes. De cette artisanale fabrique de rêves, il en résulte des immenses dessins psychédéliques très laids où il s’immerge pour voyager dans son imaginaire. Portrait, apparemment d'inspiration autobiographique, d'un enfant dans un corps d’adulte qui a trouvé refuge dans l'excentricité pour refuser la réalité, au moyen d'inventions entre Gaston Lagaffe et le concours Lépine.

*** Je rajoute ici que je suis évidemment d'accord que TV Stéphane représente l'inconscient du personnage...


Sacha Bourdo, Gael Garcia Bernal et Alain Chabat. Gaumont Columbia Tristar Films

Le réalisateur a mis en scène une histoire d’amour naissante parfaitement classique dans le fond entre un rêveur et une rêveuse. Cela donne dans la forme une sorte de conte surréaliste où le personnage principal changerait la réalité en rêve (et vice-versa) pour vivre ses désirs et se consoler de ses frustrations quotidiennes, avec la conséquence de jamais se réveiller tout à fait dans la vraie vie, de dire et faire tout et n'importe quoi sans s’en rendre compte. Repérant en sa nouvelle voisine une compagne de jeu à son image, sorte de double au féminin, il caresse le projet de l'entraîner avec lui dans sa fuite onirique. Mais la voisine, Stéphanie, d’abord amusée par Stephane, finit par le repousser pour les mêmes raisons qui l’avaient attirée.

On pense à Pierre Richard et le personnage de Pierre Malaquais dans "Le Distrait", dessinateur créatif, farfelu et incontrôlable, déconnecté des réalités et casé par les relations de sa mère à un poste dans une agence de pub (audio : "Jericho sert illico!" "Avec la pâté Casimir, votre chien a le sourire", etc...) où il s’étiole et fait scandale avec des projets délirants et gore ("Avec les chaussettes Fernand, repartez les pieds devant", les vampires qui ont besoin d'un digestif après avoir sucé le sang des accidentés de la route, etc...on ne se lasse pas...) . Les similitudes entre les deux histoires sont nombreuses à la différence notable que dans le film de Gondry, la vie onirique et la vie réelle du héros sont mis en scène au même niveau de lecture pour se placer, non pas du point de vue de l’entourage resté ancré dans la réalité, mais de celui de Stéphane pour qui rien n’est absurde. D’où ce savant patchwork rêve/réalité qui serait censé nous faire pénétrer dans l’imaginaire du héros au lieu de le juger de l’extérieur. Bien que les deux fabriquent des rêves en sous-sol, l’un au piquet dans un débarras avec des cages de canaris et l’autre dans son sommeil/studio TV en carton, le spectateur passif pour l’un serait appelé à devenir actif (voire plus : en mode identificatoire) pour l’autre. Dans les deux cas, de sages fiancées respectivement interprétées par des actrices libellées intello mais pas trop : M.Christine Barrault (Lisa dans «Le Distrait») et Charlotte Gainsbourg (Stéphanie).

Gael garcia bernal. Gaumont Columbia Tristar Films

Ce qui donne une alternance de scènes normales et de dessins multicolores hideux occupant tout l'écran, des petits jouets qui grandissent, des mains qui s'hypertrophient, des branches d'arbre qui tapent à la machine. Conte de fée barge pour adultes, la particularité de ce film est la laideur de l'ensemble des images saturées de couleurs : chambre bleue de Stéphane, lumières rouge et jaune pour le reste, couleurs criardes, musique à l’avenant, et quelques absurdités vestimentaires comme un bonnet péruvien en laine rouge passant d'une tête à l'autre : de celle de Guy (Alain Chabat), costume cravate employé aux calendriers, trivial et cynique, à celle de Stéphane vêtu comme l'as de pique.

Tout comme son héros, le réalisateur mélange une louche des comédies des années 70 qui ne s'embarrassaient pas de véracité, un zeste d'Alice au pays des merveilles, une larmichette du "Magnifique" (où Belmondo, écrivain, se défoulait en liquidant ses ennemis dans ses polars), une grosse pincée de Walt Disney, dans un shaker de surréalisme (ou plutôt l’idée qu’on s’en fait) expliqué au grand public.

Casting et réalisation :

GG Bernal, avec un accent mexicain aussi outré que celui du capitaine Garcia dans « Zorro », est exaspérant, c’est sans doute son rôle. Charlotte Gainsbourg, look Jane Birkin (minirobe en laine, jeans et grands pulls) conserve de film en film cette voix fluette et chuchotée, presque inaudible, qui a fait sa marque. Alain Chabat, Miou-Miou et Emma de Caunes complètent une distribution (acteurs très connus mais pas stars) pour plaire au plus grand nombre des trentenaires apparemment visés comme cible du film.

Le réalisateur Michel Gondry signe ici son premier scénario sans collaboration extérieure, ayant co-écrit ses deux premiers films, « Human nature » (2001) et « Eternel sunshine of the spotlight mind » (2004), avec le scénariste Charlie Kauffman. Le film fut au tourné en anglais pour une vo et doublé par les acteurs du film eux-mêmes pour la vf présentée pour la première fois lors de cette avant-première.

La surenchère de dialogues décalés et de situations ubuesques, laisse transpirer une volonté d'originalité à tout prix et une grande somme d'efforts pour y parvenir. Cependant, ce sont les dialogues qu’on préfère, même si on sent trop l’écriture sur mesure pour créer un comique de contresens et de situation pour faire rire la galerie de manière quasiment réflexe (bien qu'au bout d'un certain temps, les échanges deviennent prévisibles et moins drôles).

Mystère de l'engouement de Télérama pour ce film qui se veut «différent», cette volonté de se démarquer est tellement ostentatoire que ça en devient vite lassant, on sent bien qu’on devrait apprécier pour récompenser les efforts d’originalité du scénariste mais on n’est pas mécontent d’être sorti de la salle...


Gael Garcia Bernal. Gaumont Columbia Tristar Films

Mini-Pitch : pour tromper la monotonie de l'existence, un jeune dessinateur mixe rêve et réalité en espèrant y entraîner sa voisine dont il est tombé amoureux. Comédie onirique branchée pour amateurs d'originalité à tout prix.

Ce film présenté en avant-première lors du festival Paris-Cinéma sortira sur
les écrans le 16 aout 2006.

MMAD : ne pas adorer Gondry, c'est gonflé!




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V
Compte tenu de l'enthousiasme pour ce film, il faut que je vois les précédents à l'occasion...
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H
il faut que tu vois "eternal sunshine of the spotless mind" de gondry c'est tout simplement génial ;-)
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J
été voir (en province et en VO) car été ébloui par "eternal sunshine...". trouvé ça nul et intello branchouille, mais ici la salle était vide... (et la synchro son image pas meilleure qu'en VF ?!) berk
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I
n'attaquez pas Gondry gratuitementJe suis étanné que ceux qui écrivent ne restent pas simplement, eux mêmes et spontanés dans les commentaires.<br /> Un film, c'est un spectacle, on aime ou on n'aime pas. Mais si les autres aiment, pourquoi les traiter de qualificatifs à consonnance péjorative?<br /> Tous les auteurs doivent pouvoir s'exprimer et le casting, c'est des professionels, choisis pour leur adérence au personnages immaginés par Gondry. Pourquoi pensez vous tout de suite à un casting de marketing, pour plaire aux gens de 30 ans? Ces commédiens sont formidables parceque vrais et spontanés eux aussi comme Gondry, qui est "original" tout simplement, il est commeça depuis toujours. Pas à tous prix comme plusieurs commentateurs de ces lignes semblent dire!!! C'est peutêtre un "Extraterrestre" et il a objectivement des difficultés à se fondre dans notre "normale" Humanité!!! mais laissez le nous surprendre avec sa simple et dinamique musique des images. Moi j'aime.
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I
"aspect technique et bidouillage" : peut-être que si vous aviez assisté aux "bidouillages" comme vous le dites, ce mot aurait disparu de votre vocabulaire !!!
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