"VOLVER" : Les Mères plurielles de l'homme de la Mancha

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Penélope Cruz. Paula Ardizzoni / Emilio Pereda

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Le film commence dans un cimetière où les vivantes briquent les dalles des mortes et mettent des fleurs sur les tombes. Le film finit dans l'antichambre de la mort dans le couloir sans issue d'un hôpital. Dans l'intervalle, un passé traumatique, sous la forme du retour de la figure de la mère, revient hanter ses victimes qui bricolaient leur survie le plus loin possible de leurs souvenirs.

Deux sœurs, l'une mariée, l'autre pas. Raimonda (Penelope Cruz), pulpeuse pin-up provinciale, qui tire le diable par la queue, flanquée d'un mari chômeur et vicieux et d'une fille introvertie. Soledad, femme plaquée et timorée, qui tient un salon de coiffure à domicile.

Penélope Cruz. Paula Ardizzoni / Emilio Pereda Penélope Cruz. Paula Ardizzoni / Emilio Pereda

Depuis longtemps déjà, leurs parents sont morts lors d'un incendie accidentel, mais, pour des raisons obscures, Raimonda fut élevée par sa tante, même du vivant de sa mère. En sortant du cimetière, Raimonda, sa fille, Paula, et sa sœur, Soledad, s'en vont visiter leur tante qui a déjà un pied dans la tombe. Agustina, la voisine déprimée, qui fume des joints sous le portrait de sa propre mère disparue, la première hippie du village, s'occupe de tatie.

Penélope Cruz. Paula Ardizzoni / Emilio Pereda

La première reproduction du passé survient dans la vie de Raimonda par l'entremise de l'homme qu'elle a épousé pour y échapper, qu'elle retrouve mort dans leur appartement et dont il lui faudra cacher le cadavre... Le retour (volver) de la mère, qu'on soupçonne d'être un fantôme, achèvera de ramener les deux sœurs en enfance.

Traitée comme une tragi-comédie italienne, cette histoire dramatique où l'omniprésence de la mort le dispute au sordide du quotidien, échappe de justesse au pathos qui exsude de toutes les situations. On sent à chaque plan, l'admiration du réalisateur pour ces femmes du sud courageuses et énergiques, aguerries par l'habitude du malheur.

Dès l'apparition de Penelope Cruz sur l'écran, on comprend qu'on a affaire à une Sofia Loren ou une Gina Lollobrigida, une certaine langueur en moins, elle est magnifique ! Moulée dans des petits cardigans en laine sur des décolletés mortels, portant chignon, créoles et médaille de baptême entre ses seins généreux, à petits pas rapides entravés par des jupes droites trop étroites et des talons hauts, la Cruz irradie. Totalement aseptisée à Hollywood, l'actrice semble avoir été recolorée par son mentor madrilène, le jeu au bord des larmes, débordant d'émotion, de sensualité, et de nuances qu'on ne lui connaissait pas. Almodovar lui avait d'ailleurs demandé de prendre trois kilos et de porter un faux-cul pour incarner (au sens étymologique du mot) le rôle.

Carmen Maura et Penélope Cruz. Paula Ardizzoni / Emilio Pereda

Almodovar est devenu le cinéaste de la cruauté du quotidien, des excentricités de ses débuts, il a conservé la facétie et les couleurs qu'il ne peut s'empêcher d'assortir : la blouse et la voiture rouge, l'oreiller et le gilet mauve, etc... Avec un incomparable sens du détail, le réalisateur filme les objets comme les personnages, les plans d'objets se suffisant à eux-mêmes pour la narration, une tendance qui a fait école aujourd'hui et qu'Almodovar décline tout le long du film, au point que ça en devient un peu lassant… Par exemple, pour mettre en scène un repas, on fait un gros plan sur les tomates, le plan suivant sur un saladier et le troisième sur une table et des convives ; pour signifier l'alcoolisme du mari, un gros plan des canettes de bière dans la poubelle, etc… De la même façon, les petites phrases des personnages suffisent à brosser leur psychologie et leur état d'esprit. Il y a néanmoins des scènes franchement drôles dans le film du côté des clientes du salon de coiffure de Soledad et des voisines de Raimonda dont la prostituée au grand cœur, la copine gourmande.

En filigrane, le constat plus que la critique de la société méditerranéenne, les femmes en deuil grouillant comme des insectes noirs dans la chambre de la tante défunte, la préséance écrasante du matriarcat, la présence de l'homme vécue comme une intrusion, une agression incontournable, les personnages masculins étant traités par leur absence ou comme la cause du malheur, «une femme séparée, c'est avec sa mère qu'elle est le mieux!», dit la mère prodigue…

Tout sur les mères plurielles d'Almodovar, ces femmes qui «portent la culotte» de maris adultères ou démissionnaires. De ces petits soldats du quotidien, qui refusent leur statut de victimes, Almodovar n'en finit plus de brosser les mérites avec Penelope Cruz, sa mère idéale, aussi féminine que courageuse et Anna Magnani en toile de fond sur une télévision. La scène où PC se prépare à une fête modeste dans un restaurant de banlieue en se maquillant face à son miroir en lingerie noire plongeant sur une peau mate et satinée va sans doute faire regretter à beaucoup d'hommes de ne pas être derrière la caméra d'Almodovar sur ce plan… Comme dit la copine prostituée «avec ton décolleté et mes mojitas, on ferait fortune!».

Paula Ardizzoni / Emilio Pereda

Almodovar a dit lui-même à Cannes que "Volver" est son film le plus personnel "il me ramène aux origines dans ma région de la Mancha" qu'il avait déjà mises en scène dans "Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça?" (1984) avec Carmen Maura également. Il ajoute que sa mère est présente dans presque tous les plans du film, ce dont on ne doute pas... Penelope Cruz constate alors "dans les trois films que j'ai fait avec Pedro, j'étais mère". La référence avouée de Pedro Almodovar pour ce film est "Le Roman de Mildred Pierce" (1945) de Michaël Curtiz avec Joan Crawford.

Michaël Curtiz 1945

Almodovar 1984

Le fond du film est aussi dur que la forme se veut légère, c'est bien le talent du cinéaste pour faire passer l'amertume de la pilule, bien que quelques supportables longueurs inexpliquées alourdissent le récit. Un film qu'on apprécie sûrement d'autant mieux qu'on a de bonnes relations avec sa propre mère…

Penélope Cruz. Paula Ardizzoni / Emilio Pereda

Mini-Pitch : une tragi-comédie sur les femmes de l'enfance d'Almodovar où une jeune mère de famille doit non seulement se débarrasser du cadavre de son mari mais affronter le retour de sa mère de l'au-delà sous forme de fantôme.



Publié dans Films 2006

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C
Interesting Blog, I like it.
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D
Un petit bonjour en passant... Je me promène au hasard sur le blog, n'étant pas en ce moment très au fait de l'actualité cinématographique... Je trouve qu'il y a souvent des remarques brillantes dans ce que tu dis et je prendrai le temps de revenir sur les différents articles que j'ai lu une première fois ce soir...
Sinon, Volver est pour moi un film magnifique, aussi tragique que fervent... Et je l'ai aimé encore davantage en le revoyant.
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A
quelle filmeje vien de regarder le filme je suis tout emoustiller j'adore almodovar son style et un eland de frecheur qui fait du bien au filme mare de c'est filme americain ou en connais deja la fin avant d'avoire le début voila un filme qui nous mentre autre chose et plein d'emotion c'est un filme qu'on a envie de voir et de revoire a l'infini lol un filme génial en gros ps a tout le monde qui pourais me donnais la chanteuse et le titre du morceau que penelop cruz interprete a un moment du passage que j'ai addore celui qui poura me donnais un moin de retrouvais la chanson que il m'envoye sur mon email
as090310@scarlet.be
merci d'avance
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A
Ce film est extraordinaire comme beauocup des pedro almodovar. Mon blog critique Volver et bientôt d'autres films d'Almodovar comme la mauvaise education. Viens on a a peu près les meme gout cinephile...
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B
On débute dans un cimetière et on finit dans un hôpital. Miracle de la Réanimation. Sauf qu'entre temps, il faut avaler les affres de la relation mère-enfant. Sans doute intéressant, mais pas très distrayant à mon goût.
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