À maquina, o amor é o combustivel : "La Machine"/Cinéma indépendant brésilien
Avant-Première du film Brésilien "La Machine"/ Un exemple de l'hermétisme de l'Europe à la diffusion des films d'Amérique du sud
par Piotr Ivanovitch

Le premier long métrage du réalisateur Joao Falcao , issu du théâtre et de la télévision, est un conte où règne la fantasmagorie et ce qui en découle, le rêve, le voyage onirique, la satire. Ainsi, lunivers du film nous propose une représentation théâtrale des personnages avec des costumes de bal et des masques. Le film a été entièrement tourné en studio, à part une séquence qui a été faite en extérieur naturel. Petit moment de fraîcheur dans une atmosphère saturée à la limite de lasphyxie. Le récit autobiographique retrace en quelque sorte lhistoire et la vie du réalisateur depuis son petit bourg du Pernambuco jusquà Rio de Janeiro. Afin de renforcer la marque tout à fait personnelle du film, nous pouvons voir au générique que le scénario est signé de sa femme, les protagonistes interprétés soit par son fils, soit par son frère.
Les ressorts dramatiques sont bien ficelés, le narrateur est un vieil homme qui raconte lépopée amoureuse de Antonio, 13émé fils de dona Nazaré, à une assemblée faite de personnages quelque peu étranges. Cependant, je suis sorti frustré de cette projection : même si ce film donne envie de rêver, il ne se donne pas tous les moyens de le faire et la reconversion de la télévision au cinéma nest que partiellement réussie.
Ce film indépendant brésilien est une preuve vivante que le marché Européen est bel et bien hermétique au cinéma dAmérique du sud. Quil soit argentin, brésilien ou vénézuélien, les distributeurs européens ne diffusent pas ces films. "À Maquina" est à la recherche dun diffuseur et la projection à la cinémathèque française lundi 11 dernier était un moyen de trouver un distributeur en Europe. Malheureusement, je doute de la capacité de la TAM (à linitiative du projet) à réunir un public de professionnels. Nous nous trouvons face à un problème éthique. Le monde est partagé en deux, comme me la dit un jour une productrice brésilienne, la représentation du monde est horizontale et non verticale. Culturellement, il y a peu de contact nord-sud. Comment se fait il que les cinémas japonais, taiwanais, coréen trouvent leur place dans nos salles alors que le cinéma brésilien y soit invisible? A Paris il ny a vraiment quune seule salle** qui diffuse régulièrement des films brésiliens, le «Latina» dans le quartier du Marais, encore que cette salle ne projette réellement que deux ou trois films brésiliens par an. Il faudrait peut-être que Marin Karmitz ou Luc Besson sintéressent au cinéma sud américain pour quil y trouve sa place. On déplore que lEurope soit tellement ignare en ce qui concerne le cinéma brésilien. Le spectateur na pas le choix, surtout sil habite en dehors de Paris, il ne peux voir ni les chef duvres brésiliens, ni les films daujourdhui. Quel regret de passer à côté des documentaires dEdouardo Coutinho, ou bien des merveilles, des joyaux du patrimoine cinématographique brésilien, celui de Glauber Rocha*** ou dHector Babenco. Je lance un appel à MK2 distribution qui devrait agrandir leur catalogue de films brésiliens, faire le travail quil fait pour lAsie et lappliquer à lAmérique du Sud. Bientôt un film brésilien «Vinicius» sur la vie de Vinicius de Moraes sortira dans les salles brésiliennes et je sais que le réalisateur recherche un distributeur pour lEurope. Vinicius de Moraes est un des plus grands compositeurs brésiliens, vous croyez ne pas le connaître mais vous avez sûrement déjà entendu au moins une de ses chansons!

** Il existe à Paris un festival du film brésilien à l'initiative de l'association Jangada, en avril 2006, il a eu lieu au cinéma "L'Arlequin", voir le site officiel...
*** Rétrospective Glauber Rocha, maître du cinema novo brésilien, à lEspace Saint Michel à Paris à partir du mercredi 20 décembre avec 6 films : "Barravento" (1961), "Le Dieu noir et le diable blond" (1963), "Terre en transes" (1967) "Antonio das mortes" (1969... lire la critique du blog sur le film...), "Historia do Brasil" (1974), "L'Age de la terre" (1980).

"À maquina, o amor é o combustivel" ("La Machine")
De Joao Falcao
90min
Roman : Adriana Falcao
Adaptation : Joao Falcao et Adriana Falcao
Avant-première à la Cinémathèque française le lundi 11 décembre