"Cérémonie secrète" (Secret ceremony) : Liz chez Losey

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"Secret ceremony" de Joseph Losey (1968)
 
Elizabeth Taylor. Collection Christophe L.
 

Il y a longtemps que j’attendais de revoir ce film dont je gardais le souvenir d’un Losey secret, presque confidentiel, et du regard violet de la divine Liz Taylor alors Madame Richard Burton. Second film avec «Boom» que Liz Taylor tourne à Londres en 1968 avec Losey en profitant pour emboîter le pas de Richard Burton qui joue au théâtre. Tout comme dans «The Servant» (1964), il s’agit d’un huis clos entre deux personnages dans un rapport dominant dominé jouant à un jeu fatal. A la différence majeure qu’il s’agit d’un double féminin…

Dans «Cérémonie secrète», la dimension du faux est majeure : le film débute par une prostituée, Leonora (Liz Taylor) qui rentre chez elle et retire son outil de travail : une perruque blonde et vulgaire comme celles du Crazy Horse saloon. La perruque platine est ensuite filmée posée sur une table à côté de la photo d’une petite fille dans un cadre. En deux objets, tout est dit sur Leonora. On verra plus tard que le personnage de Cenci (Mia Farrow) porte elle aussi tout le long du film une perruque de longs cheveux noirs avec également une frange ainsi qu’une des deux tantes farfelues chapeautée d’une perruque à frange courte. Tout le film fonctionne sur le vrai et le faux et c’est une performance des actrices que de faire passer le vrai en disant le faux, puis le faux en disant le vrai, le moment où leurs personnages ne jouent plus le jeu ou ne croient plus à ce qu’elles disent ou font semblant d’y croire. C’est absolument fascinant et difficilement descriptible.

Leonora prend un autobus pour se rendre au cimetière, dans ce bus déjà, une jeune femme égarée l’appelle «mummy» mais elle n’y fait pas attention. Au cimetière, la même scène se reproduit, puis, la jeune fille emmène Leonora dans une gigantesque et luxueuse maison où elle vit seule. Sur un meuble, Leonora voit une photo de Cenci avec une femme qui lui ressemble comme une soeur. Avec cette seconde photo, tout est dit sur la situation et les intentions de Cenci vis à vis de Leonora.

Quand Cenci appelle Leonora « mummy » pour lui mettre immédiatement le marché en main, cette dernière se rebiffe quelques instants… le temps de découvrir la penderie de Margaret, la mère de Cenci : les toilettes de grand couturiers, les manteaux de fourrures, les robes en soie ont raison de la réticence de Leonora, elle accepte le rôle. C’est là que débutent les rapports entre les deux femmes qui vont alterner le vrai et le faux de façon synchronisée ou désynchronisée, quand l’une ne joue plus, l’autre la remet dans le jeu, quand l’une en fait trop, l’autre la remet à sa place, et, de temps en temps, les deux jouent la même partition.

En parallèle, des sentiments se mettent en place, Cenci démarrant sa relation avec Leonora suppliante devient de plus en plus cruelle au fur et à mesure qu’elle prend le pouvoir sur Leonora. Car le tabou social est une des grandes cruautés du film : si Leonora finit par accepter de faire un transfert de sa fille morte sur Cenci, voire peut-être de la prendre en affection, Cenci, elle, conservera le mépris qu’elle a depuis le début pour Leonora la prostituée qu’elle a en quelque sorte engagée pour un rôle précis dont il ne faut pas dépasser les bornes. Il faut entendre le glaçant «bonjour Leonora!» de la petite fille milliardaire à l’employée quand le jeu est fini…

Collection Christophe L.

Petit à petit, des phrases méprisantes, voire sadiques de Cenci à Leonora émaillent les dialogues… Cenci oblige Leonora à se laisser coiffer, comme elle le faisait avec sa mère, lâchant «on ne peut pas te laisser sortir en ayant l’air d’un putain!» Revenant de la banque avec une liasse de billets, elle raille «je ne te confierai pas un penny!». Pire, l’obligeant à prendre un bain avec elle, toutes les deux dans une grande baignoire ronde, Cenci s’amuse à noyer un canard en plastique, sachant la mort par noyade de la fille de Leonora.

L’une a perdu sa fille dont elle se sent responsable de la mort puisqu’elle n’a pas pu l’empêcher de se noyer. L’autre a perdu sa mère qu’elle idolâtrait au point de nier sa mort. Mais la dimension perverse du personnage de Cenci prend le dessus sur la situation en miroir des deux femmes dont chacune vient combler le manque de l’autre. Non seulement Cenci n’oublie jamais sa supériorité sociale mais son inconsolabilité la rend imperméable à tout attachement : ayant ou s’étant laissé séduire par le second mari de sa mère à l’âge de seize ans tout en se plaignant à elle d’attouchements coupables pour le faire renvoyer, le retour d’Albert (Robert Mitchum) la laisse de marbre. Ce personnage déglingué et amoral, revenant d’années d’exil, ignorant de la mort de son ex-femme, ne semble guère affecté par la nouvelle, au contraire, il espère récupérer les caresses de Censi et lui envoie tous les jours des roses blanches. Hormis Censi, personne n’a l’air de regretter la brillante Margaret, ni Albert le honni ni les deux sœurs de son premier mari, le père de Censi, deux vieilles toupies chapardeuses et venimeuses. Margaret disparue (et avec elle la rivalité qui l’opposait à sa fille Censi à propos d’Albert), Leonora et Albert se disputent Censi qui ne veut en réalité d’aucun des deux, ayant sombré dans la folie après la mort de sa mère.

Tourné en grande partie en intérieur avec peu de personnages, Leonora, Cenci, Albert, les deux vieilles tantes cupides, l’ambiance du film est foncièrement claustrophobique et intemporelle, voire même irréelle. Il n’y aucun souci de réalité, au contraire, la maison, personnage vampirisant à part entière, ne donne qu’une indication sur la position sociale de Cenci et l’immensité de sa solitude. Temple clos de la mise en scène des personnages face à leurs névroses, le foyer devient le théâtre des illusions, des chagrins, des conflits, des rares moments de complicité et des tromperies de Censi et Leonora tandis que se tricote une folie (auto)destructrice s’emparant peu à peu des personnages.

Un univers fantasmagorique à la limite du fantastique avec des personnages soumis à des forces intérieures qui les étranglent. Un bref séjour au bord de la mer ne changera rien aux rapports asphyxiants entre les personnages qui transporteront leur tête à tête sur la plage, dans la salle à manger ou dans la chambre de l’hôtel posé comme un bunker en bordure du rivage. Chez Losey, les intérieurs des maisons donnent le ton de l’intérieur des âmes, sombres, encombrés, fermés à l’extérieur. La maison de Censi surchargée d’objets appartenant à une morte, et donc devenus inutiles, est un musée. La chambre austère de Leonora avec un crucifix sur le mur et le regard de sa petit fille disparue en photo dans son cadre est un tombeau.

Le couple Liz Taylor et Mia Farrow est assez stupéfiant, si Mia Farrow, abonnée des rôles de névrosées est immédiatement de plain-pied dans le film, Liz Taylor, dont on oublie qu’elle est capable de superbes prestations comme « La Chatte sur un toit brûlant »* ou « Reflets dans un œil d’or »* se faufile peu à peu dans les vêtements de Margaret, la mère de Cenci, d’autant que le rôle demande cette progression : parfaite dans ce rôle de femme meurtrie, épatée par le luxe, d’une beauté un peu empâtée, chevelure de jais et regard mauve très maquillé, accentuant la dimension humaine de son personnage maladroit et généreux, éternelle victime des pièges de la séduction.

Un film ensorcelant dont la beauté des images est proportionnelle à la noirceur du désespoir, une interprétation éblouissante (Liz Taylor, Mia Farrow, Robert Mitchum), un sujet universel, centré en grande partie sur l’impossibilité du deuil, malgré l’étrangeté revendiquée du récit et de la réalisation, c’est un des plus beaux films de Losey.



 

Diffusé avec plusieurs rediff prochaines sur CineClassic, le film, qui manque cruellement au coffret Losey sorti cette année, est annoncé en DVD.

futile/utile..............le site sur les 7 maris (8 mariages) de Liz Taylor 

* «La Chatte sur un toit brûlant» est adapté d’un roman de Tennessee Williams (au théâtre par Elia Kazan et au cinéma par Richard Brooks) quand «Reflets sur un œil d’or» est adapté d’un roman de l’homologue féminin en littérature et amie de Tennessee Williams : Carson Mac Cullers (par John Huston au cinéma).
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Bientôt les critiques de films tirés des romans de Tennessee Williams... Ayant reçu dans mon soulier de Noël le coffret Losey et celui métallique de T.Williams, c'est pas mal d'heures de plaisir en perspective... j'ai regardé hier soir "Doux oiseaux de la jeunesse", film (un peu décevant) que je n'avais jamais vu, contrairement aux autres ("La Chatte sur un toit brûlant", "Un tramway nommé désir", "La Nuit de l'iguane" et le très rare "Le Visage du plaisir" avec Vivien Leigh et Warren Beatty, traduction française.... de "The roman spring of Mrs Stone"... un régal... ) A+




Publié dans CINECULTE 1960

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rolyplumb 01/08/2011 04:50

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